Le néolithique algérien

Repères de lecture :

Néolithique :

Art pariétal de l’Atlas (gravures)

Art rupestre du Tassili (peintures)
– Style des « têtes rondes »
– Style bovidien
– Style équidien (ou cabalin)

Pour la localistion des sites sur la carte d’Algérie, cliquer ici

Troupeau période bovidienne (Iherir)

Gabriel Camps, spécialiste de l’Afrique du Nord et auteur de nombreux ouvrages sur la Berbérie depuis 1960, écrivait : « En moins de deux millénaires, la vie de l’homme allait changer plus profondément que pendant les deux millions d’années qui avaient précédé ce grand tournant de l’histoire. » Il parlait bien entendu de la « révolution » néolithique. L’homme nomade pêcheur-chasseur-cueilleur cède la place à l’éleveur semi-nomade ainsi qu’à l’agriculteur qui s‘est sédentarisé. Le règne des cités va bientôt commencer, l’écriture va poindre de quelque alphabet rudimentaire et l’usage, plus raffiné, de la pierre tire à sa fin, l’âge des métaux n’est plus très éloigné. Le néolithique du sud algérien a 2000 ans d’avance sur le monde méditerranéen et commence vers le VIIème millénaire, plus précisément entre -8000 et -5000 av. J.-C.

Pointes de flêches (Atlas)A vrai dire l’assertion « âge de la pierre polie » n’est pas vraie tant l’usage de pierres taillées subsiste encore largement pendant tout le début du néolithique. L’industrie du néolithique algérien consacrée à l’outillage sera surtout marquée par l’apparition d’une « arme de destruction précise » mais à usage de la chasse, l’arc… les pointes de flèches laissées sur place en témoignent. Une place de cette industrie est faite à la poterie et notamment à la céramique ornée. Il est difficile de situer l’installation de l’agriculture en Algérie Ammotragus lervia mouflon à manchettesdans le temps, il manque les traces saisissables. Idem pour l’élevage qui ne viendrait que plus tard. On a néanmoins trouvé des pollens de céréales vieilles de plus de 3000 ans avant J.-C. dans des oasis, ce qui prouve que la phase de sédentarisation est en cours bien avant. La perte de signes d’activités humaines est fréquente en Algérie tant en ce qui concerne la préhistoire que pour ce qui touche au passage de la protohistoire à l’histoire. Toujours est-il que l’hypothèse bien acceptée d’une domestication antérieure du mouflon à manchettes par Alcelaphus buselaphus antilope bubaleles Ibéromaurusiens et de l’antilope bubale par les Capsiens (revoir « Le paléolithique algérien ») conforte les archéologues sur une activité d’éleveurs bien développée dès la moitié du néolithique. C’est sur l’art pariétal (ou rupestre) que repose dorénavant la perception des débuts de l’humanité en cette région du monde.

Site intéressant (cliquer) sur la préhistoire au niveau de l’Atlas.

Atlas et Tassili

L’ATLAS SAHARIEN :

Gravure gazelle (Sedrata)Sur un axe allant de Tindouf à Guelma (voir carte ci-dessus) et passant par Laghouat, une visite de 2000 km de long vous ferait découvrir les merveilles des gravures sur roche de l‘époque. Pas encore de peintures rupestres comme on en trouve par milliers dans le Tassili mais, des Monts du M’Zab à l’est à ceux des Ksour l’ouest, un fourmillement de renseignements sur la faune locale : gravures dans la roche d’autruches, d’éléphants, de rhinocéros mais Gravure sur pierre pachyderme (Tiout)aussi de sanglier dévoré par des lions (Sedrata près de Guelma), de buffles bagarreurs…; le climat n’était pas du tout celui d’un désert comme c’est le cas aujourd’hui mais celui d‘une savane. C’est dans le triangle Djelfa-Laghouat-Messaad du Djebel Amour qu’on trouvera à la fois des traces capsiennes (paléolithiques), celles de culture néolithique et les restes du plus méridional des postes installés par Rome en Numidie, le Castellum Dimmidi, carrément bâti sur une agglomération préhistorique.

D’autres fresques se rapportent à une vie plus pastorale avec des gravures de béliers ornés de bonnets, de plumes, de colliers et paissant paisiblement, d’ânes domestiqués, le plus souvent accompagnés d’un homme, agenouillé, mains tendues en avant, semblant prier. On nomme ces représentation « orants ou orantes » et l’on y voit des scènes sacrificielles.

Paysage du Tassili n'Ajjer photopano.com

LE TASSILI N’AJJER :

Abris-sanctuaire (Tanzoumaïtak)

Plus au sud, le Sahara central nous offre ses galeries d’art se développant à partir du VIIème millénaire avant J.-C. (Hoggar mais surtout Tassili). La densité artistique y est non seulement impressionnante (il suffit de se promener un peu à pieds le long des falaises -sans s’y perdre ! pour rencontrer un dessin forçant le respect) mais révèle surtout une avance de 2000 ans au moins sur l’Afrique méditerranéenne.
Les pollens retrouvés et datés du VIIème millénaire avant notre ère montrent que le climat est loin d’être aride. Les hauteurs de ces massifs, aujourd’hui lunaires, étaient couvertes d’une végétation proche de celle de la brousse avec des feuillus, chênes, tilleuls et noyers, les versants étant peuplés de pins d’Alep, les piémonts de genévriers, de micocouliers et de lentisques. Tout simplement incroyable pour celui qui y est allé. La faune comprend, selon les peintures vieilles de plus de 7000 ans et des ossements trouvés, des animaux typiques à la savane Pierre taillée néolithique saharienafricaine, des bubales, des ânes sauvages, des chèvres, des gazelles et … des poissons. Le bestiaire est aussi varié qu’impressionnant par les dimensions des dessins (girafes de plus de 8 m). La première civilisation saharienne n’aurait rien à envier à celle du Nil néolithique. Les ossements recueillis d’hommes de la plus ancienne période appartiennent au type négroïde uniquement. La rencontre avec le type méditerranéen se fera bien plus tard. Il faut plutôt relier le culturel « tassilien » à celui du Soudan, libyque compris. Si les peintures de chars ne manquent pas côté libyen, le Tassili algérien en présente moins et les fresques sont souvent effacées. Il est à noter également le raffinement et le perfectionnement atteints dans l’art de la fabrication d’outils en pierre, pointes de flèches, couteaux… Les nuclei indiquent la finesse et la qualité du travail dans le prélèvement d’éclats effectué par de vrais professionnels. La beauté réside Nucléus de silex néolithiquedans les couleurs des opales et des silex utilisés ainsi que dans la façon dont les tranchants sont délicatement ciselés ou dentelés. Je projette un voyage spécial pour visiter le musée du Bardo à Alger qui abrite les plus beaux échantillons retraçant l’épopée algérienne, de l’aube des temps à l’Antiquité. Auparavant, je me serais rendu à Mostaganem (site préhistorique de Karouba), au musée Zabana d’Oran et dans la région de Laghouat, dans le Djebel Amour. Inch’Allah.

Comparée à celle du paléolithique (mésolithique compris), la période du néolithique sera courte, je l’ai déjà dit. Pour une compréhension facilitée de cette fresque de près de 8000 ans, les paléontologues l’ont découpée en trois périodes :

– la période dite des « Têtes rondes »,

– la période dite « bovidienne »,

– la période dite « équidienne » ou cabaline par opposition à celle du chameau(*).

(*)Selon Henri Lothe, une quatrième période peut être rajoutée bien que sa durée jusqu’à aujourd’hui peut paraître bien courte comparée à chacune des trois autres, il s‘agit de la période dite « caméline ». Même la période bubale capsienne de la fin du paléolithique est nettement plus longue. (lien à cliquer)

* LE STYLE DES « TÊTES RONDES »

Détail scène période des têtes rondes

L’on ne doit jamais imaginer le passage d’un style culturel à un autre comme une rupture franche et brève. Les Capsiens de la période bubaline (lire Le paléolithique algérien), au nord, n’ont pas disparu subitement pour faire place aux suivants, au sud. On peut concevoir un genre de fondu d’images comme on l’utilise au cinéma pour Reproduction fresque Grand Dieu aux orantes (Sefar)donner l’impression que bien des choses se passent qu’on ne peut dissocier distinctement. Les catégories en paléontologie sont toujours des constructions humaines qui permettent l’entendement. Il est à noter que jusqu’au Capsien, l’homme ne se représentait quasiment jamais. Des gravures d’alors ne figure qu’un bestiaire pictural. Le sacré représenté va d’abord vers l’extérieur de l’homme, l’animal, pour lui revenir peu à peu.
L’art rupestre de la première moitié du néolithique offre la vision d’un monde quasi extra-terrestre, peuplé de personnages étranges évoquant des cosmonautes casqués. Il n’y a ni troupeaux ni scènes de chasse dans les peintures de ce moment. Les têtes humaines sont systématiquement rondes, simples, ornées de motifs géométriques, peintes à l’ocre rouge rehaussé de blanc, de gris-bleu et de jaune.

Période des têtes rondes

En effectuant mes recherches au-delà des livres que je possède, mes mots-clés m’ont conduit à un nombre incalculable de blogues et de sites Internet évoquant une scène rupestre célèbre du site de Séfar et nommée par le découvreur « Le dieu martien .» Rebaptisé par les spécialiste « Grand dieu aux orantes de Séfar » -il en existe plein d’autres (voir dessin ci-dessus), il nourri encore l‘imaginaire de certains qui voient là les preuves que l‘homme vient de galaxies lointaines. Cette propension à renier ses origines probables et à s’en chercher de plus incertaines ne m’atteint guère, j’aimerais les avoir toutes et les honorer pour ce qu‘elles auraient été. Il n’y a pas dans mon esprit un point de l’histoire humaine nommé « ignorance » ou «  Jahiliyyah ».

Abris sous roches (Séfar)

Certaines représentations peuvent paraître plus énigmatiques encore. Les têtes des personnages sont remplacées par celles d’animaux (chacals, chiens, lions, panthères…). Je pense immédiatement à une préfiguration des futures divinités égyptiennes de l’Antiquité pharaonique et je ne suis pas le seul. Certains avancent même l’origine saharienne des premiers Égypto-soudanais -période prédynastique. J’imagine que les traversées Tassili-Haute Egypte n’étaient pas rares et se faisaient dans les deux sens. Si l’élément central et unique de toute cette période était l’humain, l’apparition d’animaux va marquer le début de la période suivante.

* LE STYLE BOVIDIEN

Chêvre allaitant son chevreau (Amguid)

A partir du Vème millénaire, les scènes de chasse viennent rompre la monotonie de l’âge précédent. Les animaux sauvages sont de retour même si l‘antilope bubale antique n‘est plus présente. Les peintures nous indiquent les modes de vie généraux des hommes. C’est la période pastorale des grands troupeaux. Certes, il Boeufs lyres actuelsy a des ovins et des caprins , mais l’animal principal est le bœuf, très proche des grands bovins de la vallée du Nil, ce qui laisse penser à une vague migratoire. La faune représentée montre que le climat est toujours propice à la végétation décrite plus avant. L’hippopotame n’a pas disparu, les nappes d’eau sont donc toujours là.

Phase bovidienne Troupeaux

Concernant cette période bovidienne, il est important de rappeler que toute la symbolique de la création du monde telle qu’on la rencontrera partout ailleurs dans le monde méditerranéen et moyen-oriental repose sur cet animal. Les symboles solaire (cercle) puis lunaire (croissant) ont plus de 5000 ans d’histoire ; ils traverseront la proto-histoire, l’Antiquité et se retrouvent dans nombre de religions afro-asiatiques. Le croissant n’est absolument pas d’origine islamique car bien antérieur dans cette fameuse Jahiliyyah.

Phase bovidienne population blancheLe IVème millénaire marque la présence de populations non noires venues l’on pense de l‘est, sans doute par le Fezzan (désert sub-tripolitaine). Egalement des ethnies à teint plus cuivré provenant probablement du Sahel sub-saharien et ancêtres soupçonnés des Peuls. Les fresques sont exemplaires. Finesse des traits et précision dans les détails sont remarquables. Les femmes portent de somptueux vêtements quand les hommes semblent se contenter de pagnes. C’est vers -3000 avant J.-C. que le bœuf attelé montre qu’il est totalement domestiqué par l’homme.

Idoles à têtes de chouette (Tabarbalet)L’art s’enrichit par la sculpture de la pierre nettement représentative de cette période de « meeting pot » humain ; les bétyles (à têtes de chouettes de Tabarbalet) ou les sculptures en « ronde bosse » ou encore en pain de sucre représentent des bovins (tête de béliers du Touat), des antilopes (Zaouallletaz), Goundi ou rongeur du désert (Erg Admer)des goundis (Erg Admer), petits rongeurs du déserts toujours présents aujourd’hui… Leurs rôles sont ignorés mais on leur prête des propriétés magico-religieuses.

* LE STYLE EQUIDIEN

Fresque équidienne (Tamadjert)

Lorsque les hippopotames et les éléphants disparaissent des représentations pariétales, l’on en déduit que le climat vient de changer et que la savane s‘assèche. C’est la fin de la période bovidienne, l’ère du cheval vient de commencer et nous quittons la préhistoire direction l‘âge des métaux. Nous sommes en -2000 avant le Christ.
Phase équidienne vie quotidienneLe cheval, possiblement nouveau venu d’Egypte où il existe depuis le XVIème siècle avant le Christ, est domestiqué et attelé à un char à deus roues. Selon Hérodote, les libyens (Garamantes) auraient enseigné l’art d’unir le char au cheval aux crétois préhelléniques, dans les temps les plus reculés. D’autres soutiennent le contraire. D’attelé, l’animal est monté mais bien plus tard ; les fresques du Tassili et du Hoggar semblent l’indiquer. Notons au passage le changement de style pour la représentation des hommes ; les têtes, portées par des corps graciles, sont des tiges allongées se terminant en vague crochet. Nous sommes passé des arts premiers à l’art contemporain… bien avant l’heure.
Tumulus néolithique SaharaLes Gétules et les Garamantes continueront leur épopée équidienne mais abandonneront peu à peu le char. Les Garamantes donneront les fiers cavaliers de cette histoire commençante et qui conduit à leurs descendants, les Touaregs. On se doute que la savane est en passe de devenir le plus grand désert du monde. Les « Algériens » de la fin du néolithique possèdent déjà la base d’un alphabet, un des plus anciens ; des caractères libyques gravés sur la pierre témoignent des prémices de Ecriture tifinagh dérivée de l'alphabet libyquel’écriture tifinagh demeurée chez les Touaregs. Les morts ont des sépultures élaborées, les monuments funéraires deviennent des constructions de plus en plus complexes, le tumulus devient fréquent. Fin du néolithique par abandon partiel et très progressif de la pierre et de l’os pour le cuivre, on parle alors du chalcolithique, puis pour le bronze, le fer enfin. Nous sommes aux portes de l’histoire.

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Le paléolithique algérien

Repères de lecture :

Paléolithique :
– Site de l’Aïn Hanech –Homo habilis (ou pré-erectus)
– Atlanthrope de Ternifine ou Tighennif (proche de Mascara) –Homo erectus
– Culture atérienne –Homo sapiens (proche de l’Homme de Néanderthal)

Fin du paléolithique à mésolithique :

– Homme de Mechta el-Arbi –Homo sapiens-sapiens
– Culture ibéromaurusienne
– Culture capsienne

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Repères chronologiques :

Préhistoire-chronologie-datesPréhistoire-chronologie-détail

Tableau agrandi dans la page « Généralités sur la préhistoire » (cliquer sur l’image)

Spéroïdes du site d'Olduvai (Tanzanie)Lorsque nous parlons des origines de l’homme moderne, Homo sapiens-sapiens, nous évoquons le genre Australopithecus, apparu en Afrique australe il y a plus de 4 millions d’années. Mais l’australopithèque, bien qu’hominidé (ou hominien), n’est pas du genre Homo. De plus, il n’y a jamais eu d’Algériens australopithèques.

Le premier Algérien est Homo habilis

Crâne d'Homo habilis (Tanzanie)L’Homme apparaît donc avec le premier du genre (Homo), vieux d’environs 1,7 millions d’années pour celui qui a fréquenté l’Afrique du nord… il s’agit d’Homo habilis (l’homme habile de ses mains) ou, selon d’autres paléo-anthropologues. d’un Homo erectus très primitif. Le premier algérien était donc habile et a laissé ses traces -plutôt discrètes puisque nous n’avons aucuns restse de squelettes(*)- dans les hautes plaines de Sétif, à Aïn Hanech (Nord de l’Algérie) mais aussi à Rheggane et près d’Illizi, à Bordg Tan Kena (sud algérien). Ces deux derniers lieux sont de découvertes récentes.

(*) Les illustrations de tous les crânes sont là seulement à titres indicatif et comparatif

Galet aménagé (Illizi)Les outils sont rudimentaires -on parle de pebble-culture– comme les galets aménagés retrouvé dans le Tassili. A Aïn Hanech, on a retrouvé des boules de pierre grossièrement rondes (voir photo ci-dessus de sphéroïdes d‘âge villafranchien tanzaniens) faisant penser aux premiers essais de taille effectués par la main de l’homme. Leurs homologues sont ougandais et tanzaniens (photo ci-dessus, à droite). Peu d’endroits témoignent dans le monde des premiers balbutiements du travail d’êtres humains. Les fouilles, quasiment interrompues pendant les années de sang, ont repris ; de nouvelles découvertes ont lieu.

L’Atlanthrope ou Homo erectus

Crâne d'Homo erectus ou Homme de Tautavel (France)Un million d’années plus tard, un autre type d’homme apparaît (venant de la corne africaine sans doute) qui vivait -on a retrouvé des restes de mandibules dans une sablière à Ternifine (Tighennife)- tout proche de l’actuelle Mascara. Cet homme a eu pour première appellation Atlanthropus mauritanicus mais il s’agit en fait d’un Homo erectus Biface acheuléen époque Antlanthropeassez classique (homme qui se tient debout). La taille de la pierre a évolué, certes, mais elle reste grossière : bifaces primitifs et hachereaux caractéristiques de l’Acheuléen africain. La chasse, par piégeage ou acculement, devait être pratiquée contre des éléphants, des hippopotames, des girafes mais aussi des cerfs et surtout des sangliers. La végétation est encore de type savane tropicale mais va s’aridifier et se refroidir peu à peu. Notons qu’on ne trouve pas trace d’utilisation du feu en Algérie remontant à cette époque, les intempéries ayant certainement lessivé toutes traces de foyers hors abris sous roche. L’homme de cette époque, certainement charognard aux débuts se spécialisera de plus en plus pour la chasse.

La culture atérienne ou l’Homo sapiens

Crâne de l'Homme de Néanderthal (Allemagne)L’équivalent Nord-Africain de notre Homme de Néanderthal ne laissent pas de restes osseux en Algérie et il est possible que l’Homme de Rabat, découvert Trièdre (Illizi)dans les mêmes horizons paléontologiques, serait de cette espèce d’hominidé. On sait qu’avant l’homme moderne (Homo sapiens-sapiens), la vie sociale était déjà organisée et que des cultes religieux étaient pratiqués.

Il y a 100000 ans, Homo sapiens (homme qui sait) apparaît dans le Nord de l’Afrique. On ne le sait pas mais il y a peu de chances pour qu’il soit apparenté à l’Algérien érectus précédent. On trouve des traces vieilles de 60000 ans au sud de Tebessa, dans le gisement de l’oued Djebena près de Bir el-Pointe à soie atérienne (Beni Abbès)Ater (dans les Nememchas). Également à Karouba, près de Mostaganem et dans le Sahel d’Alger.

C’est de Bir el-Ater que sera tiré le nom donné à la culture de ces Nord-Africains : la culture atérienne. Ces hominiens atériens devaient chasser antilopes, buffles, gazelles et chevaux. La chasse des grands animaux devait se faire en groupe, ce qui nécessitait des liens sociaux de plus en plus serrés, allant de paire avec l’évolution du cerveau. On a Biface acheuléen (Tihodaïne)retrouvé des outils perfectionnés comme des grattoirs, des racloirs, des poinçons et un genre de pointes de pierres pour ancêtre de la  flèche ou pointes à soie. Le climat est plus sec et moins chaud ; la végétation est une steppe au sud alors que celle de la zone septentrionale est proche de celle de l’actuel Var.

Grattoir à pédoncule de la période atérienne (Oued DjebbouaC’est à el Guettar, dans le sud tunisien et près de la frontière algérienne, qu’on a trouvé la plus ancienne marque de culte religieux en Afrique du Nord : un amas de grosses boules de pierres déposées près Lame denticulée de la période atérienne (Oued Asziouel)d’une source. Croyance en un génie des eaux peut-être ?

La civilisation atérienne s’éteindra vers – 25000 ans (Falaise de Sidi Saïd près de Tipasa), remplacée peu à peu vers -22000 ans par celle de l’homme de Mechta el-Arbi dit aussi Mechta Afalou.

Falaises rouges (Tipasa)

L’Homme de Mechta el-Arbi ou Homo sapiens-sapiens

Les choses s’accélèrent et nous voilà au IXème millénaire. Homo sapiens (type néanderthal) a encore évolué et s’appelle désormais Homo sapiens-sapiens (l’homme conscient de son savoir). On retrouve ses restes fossilisés à Mechta el-Arbi, tout près de Chelghoum Laïd, à l’Ouest de Constantine ; à Afalou Bou R’mel, non loin de Béjaïa ; à La Mouillah, près de Maghnia, dans l’Ouest algérien. On reconnait chez cet homme du paléolithique moyen les traits caractéristiques de l’espèce Cro-Magnon. L’Homme de Mechta connaît son apogée -10000 ans av. J.-C.

Crâne de l'Homme de Cro-Magnon-40000 ans (France)Au début du XXème siècle, les paléontologues admettaient pour cette génération d’hommes préhistoriques une lignée ibéro-maurusienne (mélange entre des ibères venus de la future Hispanie et les autochtones Nord-Africains). Cette conception est dépassée aujourd’hui sans pour autant certifier d’une descendance berbère de ces hommes robustes rappelant notre Cro-Magnon à nous. Comme il était difficile de leur atribuer un nom, on a conservé l’appellation d’origine en retirant le tiret séparateur ; ibéromaurusiens donc. En Europe, c’est l’Âge du Rennes, en Algérie, on pourrait parler de celui du mouflon tant il y est consommé. Les techniques de la taille de la pierre ou de l‘os, déjà bien évoluées, sont proches bien que le Maghreb ait de l’avance sur l’utilisation du micro-burin : aiguilles et poinçons en os, lames denticulées de silex, couteaux, haches. Les premières représentations de formes ont lieu : triangles, trapèzes, formes animales. L’habitat principal est l’abri sous roches, les grottes. Le nomadisme commence à se restreindre et l’homme de cette époque (semi-sédentaire depuis H. erectus) préfère vivre près de la mer ou des lacs. Il pratique encore la pêche, la chasse (hommes) et la cueillette (femmes, enfants et invalides). L’alimentation est constituée de mouflons, d’antilopes, de gazelles mais aussi de chat et de chacal.

Usage d'ocres (actuel)Culture ibéromaurusienne :

Tardivement, l’usage d’ocres (jaunes et rouges) pour le badigeonnage des corps, des cadavres et des outils est démontré. L’homme est fondamentalement religieux et commence à prêter des vertus aux objets, aux plantes, aux animaux et… à lui-même. Si l’Homme de Mechta n’est pas un artiste accompli, on a retrouvé quelques parures peu sophistiquées et à usage présumé religieux (pierres, coquillages, os, plumes d’autruche). A Afalou Bou R’mel ou à Columnata en Oranie, la présence de sépultures remonte à 22 – 24000 ans (archaïques) et vers -9000 elles sont plus élaborées (dépôts d’offrandes), annonçant surtout les futurs monuments funéraires (amoncellement de pierres, d’ossements, et premières nécropoles). Il est possible que l’Homme de Mechta el-Arbi ait pu subsister jusqu’au néolithique et que leurs descendants aient pu peupler les Canaries, donnant le peuple des Guanches.

Site ibéro-maurusien de Columnata (Sidi Hosni en Oranie)

La culture capsienne

Les Capsiens (fin paléolithique)

Les Capsiens ne gagnent la zone littorale que très tardivement, débordant sur l’aire ibéro-maurusienne

C’est au VIIIème millénaire que la future culture méditerranéenne trouve vraiment sa source première. En effet, une autre vague civilisationnelle, dont les traces ont été découvertes à Gafsa (Capsa romaine) en Tunisie, s’installe sur les ruines du monde atérien sans le supplanter totalement puisqu‘il perdurera très longtemps encore. Comme Ginette Aumassip l’a écrit : Le substrat reste ce probable descendant de l‘Atlanthrope qu‘est l‘homme de Mechta el-Arbi . Les Capsiens, de grande taille, moins robustes donc plus graciles, plus élancés et plus fins que les prédécesseurs atériens, provenaient peut-être du Proche-Orient via la Basse -Egypte.

Pelorovis antiquus ou bubaleOn ne retrouve leurs traces en Algérie qu’à l’intérieur et dans la partie orientale du pays à El-Outeb, à Relilaï, à Dra Mta el Ma el Abiod ; ces sites montrent la présence d’escargotières et de cendrières, ou ramâdiyyât, avec déchêts de cuisine. On peut y lire l’alimentation de l’époque : énormément de mollusques, du cheval, du mouflon, du sanglier, du zèbre et une espèce d’antilope à grosse tête ou antilope bubale (Alcelaphus buselaphus).

N.B. : Ne pas confondre la bubale et le bubale, grand bovin (Pelorovis antiquus) tellement représenté dans les gravures rupestres qu’on qualifiera cette période de période bubaline.

Pendeloque en os poli du Capsien supérieur (Mechta el-Arbi)C’est dans l’art de l’ornement que se distinguent les Capsiens qui inventent une véritable stylistique décorative : coquillages perforés, coquilles d’œufs d’autruches (utilisées jusqu’aux puniques !), coquilles d’oursins, vertèbres perforées, dents, pierres, carapaces de tortues, perles naturelles ou en os… mais aussi des outils comme des fines lamelles de silex. Les Capsiens utilisent leurs déchêts industriels comme Gravure sur pierre fin paléolithique capsienbijoux (colliers et bracelets de perles en poteries cassées). La gravure sur pierre (Khanghet el-Mouhaad) annonce l’art pariétal ; la sculpture sur pierre apparaît un peu plus tardivement (El-Mekta). Vers la fin du Capsien et à l’orée du néolithique, les ocres seront utilisées pour souligner les contours de ces gravures pariétales.

Les sépultures profitent de l’art ornemental (tapisserie de végétaux, de vanneries, enduits au kaolin). La céramique a fait ses premières apparitions dans le Tassili n’Ajjer dès le VIIIème siècle (av. J.C.). Beaucoup plus tard, on en relève la présence sur le littoral mais elle est encore lourde et grossière, peu décorée (Tiaret).

Le religieux se développe autant que le culturel, sans pour autant avoir la preuve d’une religion à proprement parler. On remarque la pratique de l’ablation des incisives supérieures, mais aussi parfois inférieures, dès l’adolescence. On peut penser que le sacrifice d’une partie du corps aussi précieuse -l’heure de la médecine n’ayant pas encore sonné- reste de l’ordre du sacré et ces rites de passage de l’enfance à l’âge adulte restent encore aujourd’hui imprégnés dans nos esprits et dans nos mœurs.

Nous sommes au mésolithique transitoire ; ce mélange entre cultures ibéromaurusienne et capsienne, qui représente déjà le fond du peuplement maghrébin algérien, annonce la révolution néolithique marquée par l’art rupestre au Tassili n’Ajjer. A la question que nous pouvons légitimement nous poser : les Ibéromaurusiens et les Capsiens ont-ils eu des liens serrés au point d’instituer des mariages communs ? L’historien ne peut encore le dire mais rien ne nous empêche d’y croire avec une certaine force de conviction.

Art rupestre période des têtes rondes (Tassili)

Jahiliyya, état d’ignorance et de sauvagerie antéislamique ?

Drapeau algérienComment et quand commence l’Algérie ? Certainement pas avec l’Antiquité, les Etats modernes n’existaient pas à cette période. Mettre une date de début, fixer tel événement comme avènement ne sont pas choses aisées.

Lorsque les colons français ont occupé l’Afrique du Nord à partir de 1830, leurs fantasmes les ont poussé à se voir comme les héritiers de Rome en Afrique du nord. Cette vision d’une continuité Mosquée de Mila 2civilisationnelle européenne fait bondir les historiens qui y voient une absurdité et un anachronisme liés aux nationalismes d’une époque d’une part et à l’expansion du capitalisme de l’autre. Les archéologues du XIXème siècle portaient grand soin aux traces laissées par leur soit-disants ancêtres, beaucoup moins aux sites islamiques post-romains (photo Mosquée de Mila). A cette conception française idéologique de l’histoire succèdera une vision non moins idéologique et marquée par le sceau du nationalisme algérien cette fois. On verra pourtant que Rome est en fait l’héritière llibyco-amazigh et punique en Algérie : il n’y a pas que des ruines romaines.

Le Front de Libération Nationale (FLN) , qui a pris le pouvoir en 1962, a fait du 1er novembre 1954 le point zéro de la libération du pays. Selon les manuels Messali Hadjd’histoire, rien ne laissait penser à une volonté d’indépendance très antérieure à 54 : Messali Hadj , le Mouvement pour le triomphe des Chefs FLN 54libertés démocratiques (MTLD) et pas mal de chefs historiques du FLN de 54 sont ignorés volontairement. L’histoire officielle n’est jamais objective, ceci est valable pour tout le monde.

Houari Boumedienne, après avoir éliminé ses opposants (Boudiaf, Ben Bellah…), imposa au peuple algérien une identité basée sur l’islam d’un côté, la langue arabe de l’autre, en prenant appui sur une vision dérivée des conceptions des Oulémas. Contrairement aux Egyptiens ou les Tunisiens qui tiennent compte de leur Antiquité et la portent avec fierté, les Algériens ont cherché à faire coincider le début de leur histoire avec l’avènement de l’Islam en Afrique du Nord, pas avant. La Jahiliyyah, ou état d’ignorance païen et de sauvagerie anté-islamique, ne prendrait que quelques pages dans un livre d’histoire. L’‘isti’mâr (colonisation) était Cavalier Arabe ?décrite de façon monocorde, voire monotone, qu’elle soit romaine , venue des Rûm (Bysantins) ou bien française. Cela est un autre contresens anachronique comme seuls les idéologues peuvent en faire.

Messali Hadj faisait déjà commencer l’histoire du pays à partir de l’islamisation seulement, en opposition avec les thèses de l’historien algérien Ahmed Tawfiq al Madani qui faisait amplement référence à la période anté-islamique ou encore contre les revendications berbéristes de Mabrouk Belhocine. Avant l’Arabe, le Berbère. Si la tentation était grande de faire de chaque Algérien un authentique descendant de Yéménites, la réalité est toute autre, ils sont tout au plus des Berbères arabisés (Cf. Le monde arabe existe-t-il ? : Histoire paradoxale des Berbères de Lucien Oulahbib), tout comme nous sommes des Gaulois romanisés puis germanisés. Les invasions arabes pour l’Algérie sont comparables, en taille, aux invasions germaniques pour la France, elles n’ont pas déplacé les hordes innombrables que l’on croît.

L’ancrage arabo-islamique en Algérie est indéniable, l’arabe étant devenu langue du sacré et langue de haute culture depuis le début, même dans les zones berbérophones les plus reculées comme la Kabylie. Ceci dit, l’Arabe littéraire est quasiment inconnu, le classique peu pratiqué et l’arabe trivial (simplifié à outrance) se mélange à d’autres sources linguistiques.

Une crise sur la langue a toutefois éclaté mais la tendance berbériste a très vite été écartée dans les Amazighitéannées 1950. Durant la guerre d’indépendance, il n’était pas bien vu de clamer sa berbérité immédiatement assimilée à de la traitrise pro-colonialiste. La question s’est à nouveau posée dans les années 80 et la berbérité, ou amazighité, officiellement reconnue en 1995 avec la création du Haut Commissariat à l’amazighité. On peut cependant se poser la question sur cette nouveauté quant à son utilité dans le machivélique diviser pour mieux régner. En tout cas, le fait berbère (maure ou libyque) tire son essence dans la préhistoire.

Les ancêtres des Algériens, non arabisés et non islamisés, ont vécu dans des sociétés régies par des Etats forts, possédaient une véritable culture, faisaient commerce avec le Proche-Orient, l’Afrique noire et, plus généralement, avec tous les pays bordant la mer Méditerranée. Ils étaient sous influence punique par Carthage -donc phénicienne- romaine par Rome ensuite ; leur organisation politique, économique, sociale, culturelle et religieuse s’en est faite sentir. Fait important : leur langue est sémite dès l’origine, très proche du phénicien, de l’hébreu, de l’araméen et… de l’arabe. Aujourd’hui, un effort est fait côté algérien et le spécialiste de l’Antiquité punique, Mohamed Hassine Fantar, écrit : « tout au long des siècles ou la romanité s’est affirmée dans les provinces, l’africitas n’a cessé elle-même de marquer de son empreinte les diverses manifestations sociales et culturelles qui se sont épanouies sur cette terre, pour aboutir à l’harmonieuse symbiose caractéristique de toute les riches civilisations.

Tout en concervant une ponne part du substrat mauro-libyco-berbère originel, ce peuple complexe vécut une symbiose avec le monde méditerranéen. Dans cette histoire algérienne, il y a les ruptures : passage du paganisme au christianisme, de ce dernier à l’islam, de l’occupation ottomane à aujourd’hui, de la colonisation française à l’indépendance ; l’Algérie n’est pas figée en un modèle immuable. Ruptures, certes, mais continuités sans aucun doute également.

Etoile de David chez les bédouins d'Afrique du NordLes peuples autochtones ne passaient certainement pas brusquement d’un style à l’autre. Il devait y avoir adaptation dans le temps et les nouveautés ne l’étaient pas tant que cela. L’interdit, au moins partiel, de la consommation de porc remonte à l’Antiquité lointaine ; le symbole lunaire du croissant de l’islam lui est bien antérieur et les Berbères portaient un culte particulier à la lune et au soleil ; le dieu Saturne Marie chez les bédouins en Afrique du Nordafricain romanisé n’était autre que le dieu punique Ba’al Hammon ; de l’Ishtar (ou Ashtar) babylonienne, on passait facilement à l’Astaré grecque puis à la Venus romaine. On peut même soutenir un certain syncrétisme, mariage d’une croyance à l’autre qui perdure encore aujourd’hui (voir photo des bijoux bédouins d’Afrique du Nord)

En matière d’agriculture aussi il y a continuité. La vigne et le blé sont cultivés depuis l’Antiquité et l’Afrique du Nord a longtemps été le grenier à blé de l’ensemble du pourtour méditerranéen, notamment celui de l’Empire romain. Le couscous dans sa forme actuelle existait bien avant la conquête arabe. Certains historiens affirment que ce plat est berbère et que ce sont les Arabes qui l’ont importé et diffusé par la suite.

Les moeurs également ont peu changé malgré l’arrivée de l’islam : la patrilinéarité, l’endogamie et ses tabous, la suprématie des mâles et le machisme méditérranéen… ne sont pas de facture typiquement arabe. L’influence juive y est forte depuis la plus haute Antiquité, les juifs ayant suivi l’implantation des phéniciens depuis la reine Didon, fondatrice mythique de Carthage, il y a près de 2900 ans. On verra qu’une grande partie des juifs d’Afrique du Nord (et même ceux originaires d’Hispanie) étaient (et sont pour ceux très peu nombreux qui y restent encore actuellement fondus discrètement dans la population) tout aussi algériens que les autres. J’y reviendrais en seconde partie du blogue, inch Allah

Comptoirs phéniciens

On est donc loin de cette Jahiliyya ignorante et barbare décrite par de trop nombreux algériens aujourd’hui ; de la Mausolée royal de Maurétanie (Tipasa) 2sauvagerie, il y en aura durant toute la période islamique et elle n’est pas le propre du paganisme ni du christianisme. Tout au long de ce blog, j’aborderai l’évolution du territoire algérien depuis la préhistoire, des origines de l’homme à l’Antiquité. Je parlerai des royaumes maures (Ouest) et numides (Est), indépendants au début (Cf. Massinissa, Jugurtha, Tacfarinas), avec leurs caractéristiques propres et en tenant compte de l’influence phénicienne due à Carthage. Les ruines, bazinas précoces typiquement libyco-berbères et tombeaux plus tardifs en forme de dôme, sont à découvrir au nord de Timgad (Medracen), près de Constantine (la Souma du Khroub), en Oranie à Takembrit (tombeau de Beni Rhenane) pour la période mauro-numide et près de Tipasa (le mausolée de Maurétanie, très mal nommé tombeau de la chrétienne) plus tardivement.

Suivra la romanisation de l’Afrique qui se fera en deux temps (46 et 27 Av. J.C.). L’épisode Juba II (prince numide du royaume de Maurétanie, vassal de Rome) évoquera le raffinement atteint dans l’art, l’architecture et les sciences entre 23 av. J.-C. et 24 Ap. J.C., suivi de celui, plus court, de son fils Ptolépée (mort en 40).

Thermes romano-africains de Dougga en TunisieDu Ier au IVème siècle de notre ère, l’Afrique du Nord sera profondément marquée par les Romano-Africains, bien différents des colons que seront plus tard les Français. Rome apportera son administration, son armée et ses cadres militaires, ses normes et sa rationnalité.

C’est pendant la période romano-africaine que les villes ont connu le plus grand essort comme Tipasa, Cherchell, Djemila, Timgad, Tiddis, Tebessa, Sétif, Hippone, Khamissa, Madaure, Lambèze, Zanna, Tigzirt, où l’on retrouve le plus souvent des ruines antérieures aux Romains. Ces derniers y ont exporté leur façon d’y vivre avec leurs théâtres, leurs thermes, leurs marchés, leurs jeux du cirque, leur Mosaïque romaine de Cherchell en Algériedécorum… Art, littérature et culture sont foisonnants tant dans l’espace privé que dans la sphère publique. Les dieux locaux seront quelque peu romanisés mais le Saturne africain n’est autre que le vieux Ba’al Hammon aux origines punico-babyloniennes. La littérature et la philosophie algériennes seront marquées au IIème siècle par Apulée de Madaure (Lucius Apuleius, vers 125-170) dont l’oeuvre majeure est  indiscutablement les Métamorphoses ou L’Âne d’or, en onze livres.

Du IVème au VIIIème siècle, le christianisme va peu à peu remplacer le culte païen polythéiste mais ses origines en Afrique du Nord remonte au IIème siècle. Citons Tertullien (Quintus Septimus Florens Tertullianus, vers 150-240, téologien et Père de l’Eglise) et Cyprien (Thascius Caecilius Cyprianus, né vers 200 et décédé en martyr le 14 septembre 258, évêque de Carthage). Le religieux de l’époque chrétienne fut marqué par des événements assez particuliers, pour ne pas dire singuliers, comme le donatisme qui s’attaqua à l’orthodoxie de l’Eglise catholique, mais aussi comme ce très bref accident qu’a été l’arianisme vandale.

Augustin de Thagaste (saint-)Signalons la personnalité d’Augustin de Thagaste (Souk Ahras), évêque d’Hippone (Annaba) qui connut la fin de l’Empire romain d’occident avec l’arrivée des Vandales à laquelle il ne survivra pas. Précisons que les troupes vandales qui ont déferlé jusqu’à la partie la plus orientale du Maghreb pour s’y installer un temps n’étaient pas importantes en nombre. Bysance, de l’Empire romain d’Orient, tentera bien une reprise en main de l’ancien territoire au IVème siècle mais ne réussira temporairement que dans la partie tunisienne.

La fin de Rome en Afrique marque le renouveau de l’architecture préromaine dans les villes qui continuèrent à rester, au moins un temps, le centre des activités culturelles, religieuses et artistiques.

Statue de la Kahena à Khanchela dans les Aurès algériensY a-t-il eu rupture ou glissement du passage du christianisme à l’islam ? La conquête du Maghreb par les Arabes n’a pas été aisée. J’évoquerai les résistances qui leur ont été opposées par les Berbères maures et kabyles et je citerai, en transition avec la deuxième partie du blog sur les juifs d’Afrique du Nord, le combat mené par la Kahena, juive ou chrétienne (?) issue de la tribu des Djerawa, qui a bien failli stopper l’avancée des troupes musulmanes, affaiblies par la mort de leur chef Oqba Ibn Nafaa vaincu et tué par les armées berbères de Koceila, et changer le cours de l’histoire algérienne.

Grand archéologue italien, Andrea Carandini disait un jour, qu’en visitant les musées, on a l’impression que les anciens ne faisaient que sculpter, composer des mosaïques et peindre des parois, des vases et des murs.

La Jahiliyya ou l’avant-islam

Aljazaïr

Bonjour,

Mon 1/5 d’algérianité m’a un jour gratouillé et il m’a pris l’envie de retrouver ces radicules lointaines, greffées par la force des choses à mes racines européennes et françaises. Internet, c’est magique pour remonter le temps et, en fouillant bien grâce aux bons mots-clés, j’ai retrouvé quelques anciens camarades de classe que je croyais à jamais perdus. J’ai vite répondu par l’affirmative à la première invitation lancée à mon encontre, visa, paperasse, passeport etc. En avion, ça va vite, c’est pas cher et depuis, j’y retourne presque tous les ans si mon budjet me le permet. De fil en aiguille, ce blog est né lorsque je me suis rendu compte que je connaissais quasiment mieux que beaucoup d’Algériens l’histoire de leur pays. Même l’élite vit sur ses prejugés, croit savoir ne sachant que ce que les historiens français du XIXème siècle ont bien voulu raconter, peu objectivement en vérité. Pour ce qui est de l’histoire depuis la Révolution algérienne, je ne l’aborderai qu’en l’effleurant pour les besoins de cohérence du blog. Mais ce dernier s’intéressera principalement à la période anté-islamique de l’Algérie, une unité de temps appelée Jahiliyya par la plupart des musulmans.

Jahiliyya, c’est l’état de bête dans lequel nous étions censés nous trouver avant l’avènement de l’islam. Pour le non musulman, il se trouve encore placé dans cet état d’ignorance et de barbarie, ce quel que soit le degré d’évolution atteint par sa civilisation. Pour sortir de la Jahiliyya, il faut connaître le Coran. Autrement dit, les pays musulmans sont au bon niveau, exemptés de barbarie et possédant le Savoir suprême, puisque leurs habitants vivent selon la sunna (tradition du Prophète) et les Hadîths. (propos sur les paroles et les actes du Prophète). Or, ceux qui, durant une décennie de meurtres, ont le plus revendiqué leur islamité, ne sont pas les moins sauvages et les mieux placés question érudition ! Je crois qu’au contraire, la Jahiliyya est le terme adéquat pour les caractériser, dans les faits c’est évident. Le mot peut s’appliquer secondairement à celui qui ne connaît pas, ou mal, sa propre histoire, qui n’est pas l’histoire arabe, je le montrerai.

Kef Mektouba de Ksar El Hamar

Les algériens sont très divisés sur le début de leur histoire. Le grand nombre est certain qu’elle commence vaguement à partir de Mahomet (Mouhammad) vers la fin du VIIème siècle ; une partie soutient qu’elle débute en 1962 avec l’indépendance ; les autres en 54, début des Evènements nommés plus tard guerre tout simplement ; peu pensent au massacre de Sétif en 1945, quelques-uns ont des noms en tête, Abdelhamid ibn Badis, El Bachir al Ibrahimi, Tayeb el Oqbi , Larbi Tébessi, Ferhat Abbas, les oulémas(1) étant bien loin.

Beaucoup de sites se consacrent à l’histoire partant de la conquête française, de 1830 jusqu’à nos jours ; d’autres traitent la période d’avant 1830 en de trop courts chapitres. Si Jahiliyyah signifie éthymologiquement ignorance, cela prend son sens le plus absolu quand on imagine le manque à gagner culturel qui consiste à vouloir ignorer une période aussi longue puisqu’elle couvre à peu près 2 millions d’années. Le premier Algérien est au moins homo habilis dont on a retrouvé les traces en bordure d’anciens lacs et de la mer. Donc, bien avant les peintures rupestres du néolithique. Elle se poursuit communément à celle des tunisiens (Numides de Numidie) et des marocains (Maures de Maurétanie), mais pas que… il y a de l’Afrique de l’Est et du Moyen-Orient, mêlé d’Occident, dans l’histoire algérienne d’avant l’islam, une histoire d’une richesse exceptionnelle dont se prive tout un peuple.

Enfin (si Dieu me prète vie), j’enchaînerai sur la partie qui me semble être la clé de voute si l’on veut comprendre ce qui fait peut-être défaut aujourd’hui à l’Algérie ; je veux parler du judaïsme tu ou nié par trop d’Algériens et qui existe depuis les temps davidiens, persistant dans sa forme la plus réduite encore aujourd’hui. Des juifs -peu en vérité- se fondent intégralement dans la population qui les a assimilés sans le savoir, les croyants bons musulmans comme eux. La majeure partie des juifs a quitté le pays à partir des Evènements, et définitivement après la Guerre des six jours. Mon avis personnel, et je ne suis pas israélite, va dans le sens d’une grande perte pour la vitalité du pays. La perte d’éléments différents des autres dans une société entraîne un appauvrissement général de celle-ci et cela se traduit par un affaiblissement culturel, politique, économique et social. L’uniformité a montré ses limites par bien des fois ; connaître l’histoire et être tolérant voire ouvert à l’altérité sont deux atouts manquants dans le jeu de carte de l’Algérie, c’est un pays qui a perdu la main mais qui peut la reprendre.

Bonne lecture

Peintures rupestres Tassili

(1) (pluriel de l’arabe ‘alim) personne versée dans le ‘ilm (science des textes sacrés) et habilitée à commenter ceux-ci. Docteurs de loi, savants de l’Islam.

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