Les Nord-Africains et leurs langues

Si l’historien algérien Mahfoud Kaddache écrit, dans L’Algérie des Algériens« , que la langue punique a certainement fait des progrès parmi les Berbères, j’ose penser que la langue berbère a pu s’enrichir de mots puniques. Ou sémites exogènes tout simplement. Le berbère pouvant être considéré comme faisant partie du groupe chamito-sémitique, il est compatible avec de nombreuses langues du Moyen-Orient.

En fait, les Phéniciens, fondateurs de Carthage, devaient très certainement convoyer, d’Orient en Occident, des personnes en plus de marchandises. D’après Gilbert Meynier, c’est d’ailleurs par ce canal que se seraient implantés les premiers foyers juifs (Cananéens des origines d’après certains historiens) en Afrique du Nord. : Ils étaient mélés à ces vagues phéniciennes qui aboutirent à la fondation des comptoirs qui s’égrenèrent le longs des côtes de l’actuel Maghreb. Les Hébreux et les Phéniciens de la fin du IIème millénaire av. J.-C. avaient des langues, des coutumes et des cultes très proches ; il devaient peu se distinguer en réalité. Le punique, en tant que phénicien modifié par apports étrangers, devint une des langues de l’Afrique du Nord à l’instar du grec. Les stèles, à ex-voto répétitifs, d’El Hofra (banlieue de Constantine) nous apportent un témoignage direct de la symbiose méditerranéenne, notamment punico-numide, qui avait cours au IIIème puis au IIème siècle avant notre ère.

Ces stèles votives étaient destinées à Ba’al Hammon et à Tanit, respectivement dieu et déesse vénérés à Carthage, et les inscriptions qu’elles portent sont en grec et/ou en punique. Or, l’on sait que le grec était, à l’époque, la langue policée utilisée sur tout le pourtour méditerranéen, y compris chez les Numides, tout au moins au sein de l’aristocratie et de l’élite. Il est difficile de dire si les colons grecs, puis italiens, implantés dans les comptoirs carthaginois étaient punicisés ou bien si les puniques s’étaient hellénisés. Les deux sans aucun doute car une stèle montre qu’un certain Abdshihar (nom punique) était fils d’un homme nommé Gaïus (nom typiquement romain), ce qui montre une certaine acculturation. La civilisation de Massinissa  aura profité de tous types d’apports et Cirta, capitale numide massyle, présentait encore, après la chute de Carthage, un melting pot méditerranéen caractéristique de l’ensemble du monde numide ayant eu des contacts portés sur l’extérieur, c’est à dire les centres urbains essentiellement.

Si le grec est resté encore longtemps la langue internationale du commerce, le punique était devenu une langue semi-officielle pour l’ensemble des Numides. Qu’elles soient frappées sous Syphax à Siga, capitale des Masaesyles située à 1400 km de Carthage, ou sous Massinissa et ses descendants à Cirta, capitale des Massyles plus tard, les monnaies sont légendées en punique. A Thugga (Dougga en Tunisie), le mausolée, dédié sans aucun doute à Massinissa après sa mort (148 av. J.-C.), porte des inscriptions puniques et lybiques (berbères). Le punique était donc devenue la langue véhiculaire de la culture dans toute l’Afrique du nord orientale. Saint Augustin (Vème siècle après J.-C.) rapporte que le punique était encore utilisé à son époque, soit plus de six siècles après Massinissa. Trois siècles plus tard, les conquérants arabes entendront les Numides s’exprimer encore en punique…

Le petit peuple ne parlait, tout au moins au début, ni grec ni punique mais il utilisait couramment le berbère ou plutôt des parlers lybico-berbères jamais reconnus comme langues officielles. Bien que l’arabe gagne encore aujourd’hui du terrain, on peut toujours entendre les différents idiomes berbères en allant de la Tunisie au Maroc, en passant par l’Algérie et son Sahara ; il suffit de s’enfoncer dans les campagnes profondes. Les origines du berbère sont vagues. On peut penser qu’une langue originale existait chez l’Homme de Mechta el Arbi (paléolithique), langue qui a dû évoluer au contact des Capsiens venus de l’Est de l’Afrique. Puis les Bovidiens du néolithique, arrivés sans doute de l’est eux aussi, ont bien dû enrichir ce parler ancestral. Idem pour les Equidiens. Une parenté a été établie entre le berbère et l’ancien égyptien que l’on retrouve uniquement dans la liturgie des coptes actuels. Mais ces deux langues semblent avoir une origine commune dans les parlers couchitiques de la corne africaine. Dès le début du néolithique, un tronc linguistique commun se serait peut-être développé puis enrichi au gré des apports exogènes, des diversifications locales et par les millénaires qui passeront. Le berbère est bien une langue très ancienne faisant partie du groupe linguistique afro-asiatique (= famille chamito-sémitique). On le parlait mais on l’écrivait aussi.

Le point de départ de l’écriture lybique (état ancien du berbère actuel) est situé par les spécialistes vers le IVème siècle avant notre ère. Tout en parlant la même langue, Massyles, Masaesyles et futurs Touaregs (Garamantes ?) possédaient leur alphabet propre. La stèle funéraire de l’aguellid de Kerfala porte des inscriptions en alphabet occidental (masaesyle) et en alphabet oriental (massyle). S’il existe, en fait, une grande fluidité des écritures, ces dernières se jouent des limites, dans le temps comme dans l’espace, qu’on aimerait bien leur assigner officiellement.

Le lybique, sans être une langue oficielle, était la langue nationale des Numides. Cependant, le punique semble avoir été très employé, le grec beaucoup moins. C’est le punique qui laissera l’empreinte la plus durable tant sur le plan artistique qu’intellectuel et Gabriel Camps écrit que l’Afrique ne fut jamais autant punique qu’après le saccage de -146, ce qui semble confirmé par saint Augustin quand il note Lingua punica id est afra (la langue punique, c’est à dire l’africaine). Mais le punique parlé sous Augustin ressemblait-il au punique usité sous Hannibal ? On peut surtout penser que le lybique fut truffé d’apports puniques et que les punicophones dont parle Augustin n’étaient en fait que de vrais lybicophones voulant se faire passer pour puniques, comme le suggère G. Camps. Se revendicant déjà comme descendants des Cananéens, les Berbères voulurent certainement se trouver ensuite des racines phénico-puniques, tout comme aujourd’hui certains se cherchent des liens génétiques avec les habitants de la péninsule arabique, liens existant de fait mais certainement pas plus importants que l’héritage de Mechta el Arbi, que celui du Capsien et que ceux venant de tous les autres qui suivront.

Depuis 1962, les Algériens se cherchent une langue commune mais, sans vouloir les offenser, je trouve qu’ils sont victimes d’une sorte de schyzophrénie linguistique : l’algérien commun comporte des mots issus de multiples langues passées par-là et ça n’est pas esthétique (!?) ; l’arabe, langue totalement intrusive elle aussi, a du mal à passer malgré une ferme volonté des gouvernements successifs depuis l’indépendance ; les différents parlers berbères le sont de moins en moins -parlés. Il semble que le projet ancien d’arabiser jusqu’à la langue nationale ne soit encore dicté que par des raisons idéologiques tournées vers la religion islamique comme identité. Je possède une méthode pour apprendre les différents dialectes dérivés de l’arabe littéraire et parlés dans quelques pays du Croissant fertile, de la péninsule arabique et du Maghreb ; les Algériens, dont le parler contient énormement de mots français (contrairement à tous les autres), aimeraient parler une langue, l’arabe cristallin du Coran, qu’en fait seule une élite, aussi rare que précieuse, peut pratiquer tant elle est à la fois riche et compliquée ; car même les Arabes de l’Arabie heureuse ne le parle pas couramment ; la majorité n’en a que des notions, souvent vagues. Les Français devraient-ils parler le franc ? ou le pur latin ? Une langue n’est vivante que parce qu’elle évolue, qu’elle change. La notre est un patchwork des régions, qui s’enrichit tous les jours et je ne le trouve pas si laid l’algérien de la rue…

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Le néolithique algérien

Repères de lecture :

Néolithique :

Art pariétal de l’Atlas (gravures)

Art rupestre du Tassili (peintures)
– Style des « têtes rondes »
– Style bovidien
– Style équidien (ou cabalin)

Pour la localistion des sites sur la carte d’Algérie, cliquer ici

Troupeau période bovidienne (Iherir)

Gabriel Camps, spécialiste de l’Afrique du Nord et auteur de nombreux ouvrages sur la Berbérie depuis 1960, écrivait : « En moins de deux millénaires, la vie de l’homme allait changer plus profondément que pendant les deux millions d’années qui avaient précédé ce grand tournant de l’histoire. » Il parlait bien entendu de la « révolution » néolithique. L’homme nomade pêcheur-chasseur-cueilleur cède la place à l’éleveur semi-nomade ainsi qu’à l’agriculteur qui s‘est sédentarisé. Le règne des cités va bientôt commencer, l’écriture va poindre de quelque alphabet rudimentaire et l’usage, plus raffiné, de la pierre tire à sa fin, l’âge des métaux n’est plus très éloigné. Le néolithique du sud algérien a 2000 ans d’avance sur le monde méditerranéen et commence vers le VIIème millénaire, plus précisément entre -8000 et -5000 av. J.-C.

Pointes de flêches (Atlas)A vrai dire l’assertion « âge de la pierre polie » n’est pas vraie tant l’usage de pierres taillées subsiste encore largement pendant tout le début du néolithique. L’industrie du néolithique algérien consacrée à l’outillage sera surtout marquée par l’apparition d’une « arme de destruction précise » mais à usage de la chasse, l’arc… les pointes de flèches laissées sur place en témoignent. Une place de cette industrie est faite à la poterie et notamment à la céramique ornée. Il est difficile de situer l’installation de l’agriculture en Algérie Ammotragus lervia mouflon à manchettesdans le temps, il manque les traces saisissables. Idem pour l’élevage qui ne viendrait que plus tard. On a néanmoins trouvé des pollens de céréales vieilles de plus de 3000 ans avant J.-C. dans des oasis, ce qui prouve que la phase de sédentarisation est en cours bien avant. La perte de signes d’activités humaines est fréquente en Algérie tant en ce qui concerne la préhistoire que pour ce qui touche au passage de la protohistoire à l’histoire. Toujours est-il que l’hypothèse bien acceptée d’une domestication antérieure du mouflon à manchettes par Alcelaphus buselaphus antilope bubaleles Ibéromaurusiens et de l’antilope bubale par les Capsiens (revoir « Le paléolithique algérien ») conforte les archéologues sur une activité d’éleveurs bien développée dès la moitié du néolithique. C’est sur l’art pariétal (ou rupestre) que repose dorénavant la perception des débuts de l’humanité en cette région du monde.

Site intéressant (cliquer) sur la préhistoire au niveau de l’Atlas.

Atlas et Tassili

L’ATLAS SAHARIEN :

Gravure gazelle (Sedrata)Sur un axe allant de Tindouf à Guelma (voir carte ci-dessus) et passant par Laghouat, une visite de 2000 km de long vous ferait découvrir les merveilles des gravures sur roche de l‘époque. Pas encore de peintures rupestres comme on en trouve par milliers dans le Tassili mais, des Monts du M’Zab à l’est à ceux des Ksour l’ouest, un fourmillement de renseignements sur la faune locale : gravures dans la roche d’autruches, d’éléphants, de rhinocéros mais Gravure sur pierre pachyderme (Tiout)aussi de sanglier dévoré par des lions (Sedrata près de Guelma), de buffles bagarreurs…; le climat n’était pas du tout celui d’un désert comme c’est le cas aujourd’hui mais celui d‘une savane. C’est dans le triangle Djelfa-Laghouat-Messaad du Djebel Amour qu’on trouvera à la fois des traces capsiennes (paléolithiques), celles de culture néolithique et les restes du plus méridional des postes installés par Rome en Numidie, le Castellum Dimmidi, carrément bâti sur une agglomération préhistorique.

D’autres fresques se rapportent à une vie plus pastorale avec des gravures de béliers ornés de bonnets, de plumes, de colliers et paissant paisiblement, d’ânes domestiqués, le plus souvent accompagnés d’un homme, agenouillé, mains tendues en avant, semblant prier. On nomme ces représentation « orants ou orantes » et l’on y voit des scènes sacrificielles.

Paysage du Tassili n'Ajjer photopano.com

LE TASSILI N’AJJER :

Abris-sanctuaire (Tanzoumaïtak)

Plus au sud, le Sahara central nous offre ses galeries d’art se développant à partir du VIIème millénaire avant J.-C. (Hoggar mais surtout Tassili). La densité artistique y est non seulement impressionnante (il suffit de se promener un peu à pieds le long des falaises -sans s’y perdre ! pour rencontrer un dessin forçant le respect) mais révèle surtout une avance de 2000 ans au moins sur l’Afrique méditerranéenne.
Les pollens retrouvés et datés du VIIème millénaire avant notre ère montrent que le climat est loin d’être aride. Les hauteurs de ces massifs, aujourd’hui lunaires, étaient couvertes d’une végétation proche de celle de la brousse avec des feuillus, chênes, tilleuls et noyers, les versants étant peuplés de pins d’Alep, les piémonts de genévriers, de micocouliers et de lentisques. Tout simplement incroyable pour celui qui y est allé. La faune comprend, selon les peintures vieilles de plus de 7000 ans et des ossements trouvés, des animaux typiques à la savane Pierre taillée néolithique saharienafricaine, des bubales, des ânes sauvages, des chèvres, des gazelles et … des poissons. Le bestiaire est aussi varié qu’impressionnant par les dimensions des dessins (girafes de plus de 8 m). La première civilisation saharienne n’aurait rien à envier à celle du Nil néolithique. Les ossements recueillis d’hommes de la plus ancienne période appartiennent au type négroïde uniquement. La rencontre avec le type méditerranéen se fera bien plus tard. Il faut plutôt relier le culturel « tassilien » à celui du Soudan, libyque compris. Si les peintures de chars ne manquent pas côté libyen, le Tassili algérien en présente moins et les fresques sont souvent effacées. Il est à noter également le raffinement et le perfectionnement atteints dans l’art de la fabrication d’outils en pierre, pointes de flèches, couteaux… Les nuclei indiquent la finesse et la qualité du travail dans le prélèvement d’éclats effectué par de vrais professionnels. La beauté réside Nucléus de silex néolithiquedans les couleurs des opales et des silex utilisés ainsi que dans la façon dont les tranchants sont délicatement ciselés ou dentelés. Je projette un voyage spécial pour visiter le musée du Bardo à Alger qui abrite les plus beaux échantillons retraçant l’épopée algérienne, de l’aube des temps à l’Antiquité. Auparavant, je me serais rendu à Mostaganem (site préhistorique de Karouba), au musée Zabana d’Oran et dans la région de Laghouat, dans le Djebel Amour. Inch’Allah.

Comparée à celle du paléolithique (mésolithique compris), la période du néolithique sera courte, je l’ai déjà dit. Pour une compréhension facilitée de cette fresque de près de 8000 ans, les paléontologues l’ont découpée en trois périodes :

– la période dite des « Têtes rondes »,

– la période dite « bovidienne »,

– la période dite « équidienne » ou cabaline par opposition à celle du chameau(*).

(*)Selon Henri Lothe, une quatrième période peut être rajoutée bien que sa durée jusqu’à aujourd’hui peut paraître bien courte comparée à chacune des trois autres, il s‘agit de la période dite « caméline ». Même la période bubale capsienne de la fin du paléolithique est nettement plus longue. (lien à cliquer)

* LE STYLE DES « TÊTES RONDES »

Détail scène période des têtes rondes

L’on ne doit jamais imaginer le passage d’un style culturel à un autre comme une rupture franche et brève. Les Capsiens de la période bubaline (lire Le paléolithique algérien), au nord, n’ont pas disparu subitement pour faire place aux suivants, au sud. On peut concevoir un genre de fondu d’images comme on l’utilise au cinéma pour Reproduction fresque Grand Dieu aux orantes (Sefar)donner l’impression que bien des choses se passent qu’on ne peut dissocier distinctement. Les catégories en paléontologie sont toujours des constructions humaines qui permettent l’entendement. Il est à noter que jusqu’au Capsien, l’homme ne se représentait quasiment jamais. Des gravures d’alors ne figure qu’un bestiaire pictural. Le sacré représenté va d’abord vers l’extérieur de l’homme, l’animal, pour lui revenir peu à peu.
L’art rupestre de la première moitié du néolithique offre la vision d’un monde quasi extra-terrestre, peuplé de personnages étranges évoquant des cosmonautes casqués. Il n’y a ni troupeaux ni scènes de chasse dans les peintures de ce moment. Les têtes humaines sont systématiquement rondes, simples, ornées de motifs géométriques, peintes à l’ocre rouge rehaussé de blanc, de gris-bleu et de jaune.

Période des têtes rondes

En effectuant mes recherches au-delà des livres que je possède, mes mots-clés m’ont conduit à un nombre incalculable de blogues et de sites Internet évoquant une scène rupestre célèbre du site de Séfar et nommée par le découvreur « Le dieu martien .» Rebaptisé par les spécialiste « Grand dieu aux orantes de Séfar » -il en existe plein d’autres (voir dessin ci-dessus), il nourri encore l‘imaginaire de certains qui voient là les preuves que l‘homme vient de galaxies lointaines. Cette propension à renier ses origines probables et à s’en chercher de plus incertaines ne m’atteint guère, j’aimerais les avoir toutes et les honorer pour ce qu‘elles auraient été. Il n’y a pas dans mon esprit un point de l’histoire humaine nommé « ignorance » ou «  Jahiliyyah ».

Abris sous roches (Séfar)

Certaines représentations peuvent paraître plus énigmatiques encore. Les têtes des personnages sont remplacées par celles d’animaux (chacals, chiens, lions, panthères…). Je pense immédiatement à une préfiguration des futures divinités égyptiennes de l’Antiquité pharaonique et je ne suis pas le seul. Certains avancent même l’origine saharienne des premiers Égypto-soudanais -période prédynastique. J’imagine que les traversées Tassili-Haute Egypte n’étaient pas rares et se faisaient dans les deux sens. Si l’élément central et unique de toute cette période était l’humain, l’apparition d’animaux va marquer le début de la période suivante.

* LE STYLE BOVIDIEN

Chêvre allaitant son chevreau (Amguid)

A partir du Vème millénaire, les scènes de chasse viennent rompre la monotonie de l’âge précédent. Les animaux sauvages sont de retour même si l‘antilope bubale antique n‘est plus présente. Les peintures nous indiquent les modes de vie généraux des hommes. C’est la période pastorale des grands troupeaux. Certes, il Boeufs lyres actuelsy a des ovins et des caprins , mais l’animal principal est le bœuf, très proche des grands bovins de la vallée du Nil, ce qui laisse penser à une vague migratoire. La faune représentée montre que le climat est toujours propice à la végétation décrite plus avant. L’hippopotame n’a pas disparu, les nappes d’eau sont donc toujours là.

Phase bovidienne Troupeaux

Concernant cette période bovidienne, il est important de rappeler que toute la symbolique de la création du monde telle qu’on la rencontrera partout ailleurs dans le monde méditerranéen et moyen-oriental repose sur cet animal. Les symboles solaire (cercle) puis lunaire (croissant) ont plus de 5000 ans d’histoire ; ils traverseront la proto-histoire, l’Antiquité et se retrouvent dans nombre de religions afro-asiatiques. Le croissant n’est absolument pas d’origine islamique car bien antérieur dans cette fameuse Jahiliyyah.

Phase bovidienne population blancheLe IVème millénaire marque la présence de populations non noires venues l’on pense de l‘est, sans doute par le Fezzan (désert sub-tripolitaine). Egalement des ethnies à teint plus cuivré provenant probablement du Sahel sub-saharien et ancêtres soupçonnés des Peuls. Les fresques sont exemplaires. Finesse des traits et précision dans les détails sont remarquables. Les femmes portent de somptueux vêtements quand les hommes semblent se contenter de pagnes. C’est vers -3000 avant J.-C. que le bœuf attelé montre qu’il est totalement domestiqué par l’homme.

Idoles à têtes de chouette (Tabarbalet)L’art s’enrichit par la sculpture de la pierre nettement représentative de cette période de « meeting pot » humain ; les bétyles (à têtes de chouettes de Tabarbalet) ou les sculptures en « ronde bosse » ou encore en pain de sucre représentent des bovins (tête de béliers du Touat), des antilopes (Zaouallletaz), Goundi ou rongeur du désert (Erg Admer)des goundis (Erg Admer), petits rongeurs du déserts toujours présents aujourd’hui… Leurs rôles sont ignorés mais on leur prête des propriétés magico-religieuses.

* LE STYLE EQUIDIEN

Fresque équidienne (Tamadjert)

Lorsque les hippopotames et les éléphants disparaissent des représentations pariétales, l’on en déduit que le climat vient de changer et que la savane s‘assèche. C’est la fin de la période bovidienne, l’ère du cheval vient de commencer et nous quittons la préhistoire direction l‘âge des métaux. Nous sommes en -2000 avant le Christ.
Phase équidienne vie quotidienneLe cheval, possiblement nouveau venu d’Egypte où il existe depuis le XVIème siècle avant le Christ, est domestiqué et attelé à un char à deus roues. Selon Hérodote, les libyens (Garamantes) auraient enseigné l’art d’unir le char au cheval aux crétois préhelléniques, dans les temps les plus reculés. D’autres soutiennent le contraire. D’attelé, l’animal est monté mais bien plus tard ; les fresques du Tassili et du Hoggar semblent l’indiquer. Notons au passage le changement de style pour la représentation des hommes ; les têtes, portées par des corps graciles, sont des tiges allongées se terminant en vague crochet. Nous sommes passé des arts premiers à l’art contemporain… bien avant l’heure.
Tumulus néolithique SaharaLes Gétules et les Garamantes continueront leur épopée équidienne mais abandonneront peu à peu le char. Les Garamantes donneront les fiers cavaliers de cette histoire commençante et qui conduit à leurs descendants, les Touaregs. On se doute que la savane est en passe de devenir le plus grand désert du monde. Les « Algériens » de la fin du néolithique possèdent déjà la base d’un alphabet, un des plus anciens ; des caractères libyques gravés sur la pierre témoignent des prémices de Ecriture tifinagh dérivée de l'alphabet libyquel’écriture tifinagh demeurée chez les Touaregs. Les morts ont des sépultures élaborées, les monuments funéraires deviennent des constructions de plus en plus complexes, le tumulus devient fréquent. Fin du néolithique par abandon partiel et très progressif de la pierre et de l’os pour le cuivre, on parle alors du chalcolithique, puis pour le bronze, le fer enfin. Nous sommes aux portes de l’histoire.

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