La protohistoire algérienne

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Amphores actuelles Kabylie

QUAND SE FAÇONNE UNE IDENTITE

En Algérie, il n’y a pas de rupture franche entre le néolithique et la protohistoire. La désertification du Sahara se poursuit inéluctablement, entraînant de significatifs changements dans l’écologie du Maghreb et dans la répartition des populations. Le cheval et le bateau contribueront à l’essor des échanges commerciaux et culturels, tournés bientôt sur le monde méditerranéen essentiellement. La pierre continuera longtemps à être utilisée et les métaux ne marqueront pas autant qu’ils ne l’ont fait ailleurs un âge particulier. Le chalcolithique ou Âge du Cuivre précède sans aucun doute ceux du bronze et du fer mais les reliques laissées par le temps sont rares. Le sac à outils du protohistorique algérien a peu évolué, les progrès majeurs ayant été faits au néolithique en ce qui concerne la fabrication d’outils miniaturisés et de précision. On y trouve quelques objets nouveaux en cuivre, en bronze ou en fer. La poterie connaîtra toutefois des changements remarquables, dans la forme et l’esthétique. La sépulture subira des apports extérieurs.

Stèle libyque écriture néolithique supérieurL’écriture, dont les débuts remontent au lointain néolithique avec l’invention de signes encore indéchiffrés à l’heure actuelle, se met en place et l’histoire transmise oralement pourra bientôt s’écrire. Si au départ elle permet une bonne gestion économique des biens de la communauté, elle servira un jour à magnifier des chefs, sans doute des rois, et à raconter des histoires légendaires et mythiques avant de devenir l’Histoire officielle. La protohistoire, c’est la naissance des civilisations et la volonté d’étendre sa culture, d’accueillir celle des autres ; l’anthropisation et l’artificialisation de la nature, commencées au néolithique, poursuivent en parallèle la dénaturation de l’homme. L’Algérie entrera dans l’histoire au moment de la construction (légendaire) de Carthage par la reine phénicienne Didon, au IXème siècle avant J.-C., alors que l’Egypte possède un Etat depuis le IIIème millénaire !

DES ORIGINES INCERTAINES

C’est dans la protohistoire que les Imazighen (pluriel d’Amazigh, nom que se donne les Berbères aujourd’hui) cherchent leurs origines. Cependant, les sources écrites que nous étudions ne proviennent que d’historiens qui, dans le temps, restent très éloignés des faits qui se sont déroulés.

Carte Hérodote Vème siècle av JCLe père de l’histoire, Hérodote, n’écrit ses récits qu’au Vème siècle av. J.-C. et se base sur les légendes rapportées ici et là. Il enquête comme le fait un journaliste mais rien n’atteste d’un voyage qu’il aurait effectué dans la partie occidentale de la Méditerranée. Il ne nous apprend qu’une chose bien imprécise : le Nord de l’Afrique est peuplé de Libyens (Lebous), nomades au sud, plus sédentaires au nord. Il assimile ainsi plusieurs populations à celles des Lebou qui habitent entre le golfe des deux Syrtes et le Nil. Peut-être le fait qu’elles parlent déjà une même langue, le tifinagh ou alphabet libyco-berbère était à peu près le même d’Ouest en Est et du Nord au Sud.

Au 1er siècle avant J.-C., Salluste, historien et premier gouverneur de la future Province romaine de Numidie, distinguera les Libyens sédentaires, du Nord et du Nord-Est, des Gétules nomades peuplant le Sud et l’Ouest. La description qu’il donne des peuples autochtones est nettement péjorative : « …peuplades grossières errantes se repaissant de la chair des bêtes sauvages… », Berbères, barbares…
HerculeSalluste dit tirer ses connaissances de livres puniques attribués au roi numide Hiempsal (IIème siècle av. J. -C.) qui font intervenir le mythique Hercule (Héraclès) dans l’histoire des Berbères. Chargé de rapporter les pommes d’or gardées par les Hespérides (filles d’Atlas) dans un jardin qu’on localisera au Maroc ou au Sud de l’Espagne (future Bétique), peu importe ; Hercule est accompagné de guerriers Mèdes, Arméniens et Perses. A sa mort, les Mèdes et les Arméniens se fondirent dans la population libyenne sédentaire pour donner les Maures alors que les Perses le faisaient avec les Gétules non sédentaires, nomades donc ; le noms des Numides vient de la racine grecque nomos, la prairie, et qui donne nomas, le voyageur. Toujours est-il que les Numides eurent un jour la suprématie sur l’ensemble des villes bâties par les Maures.
Il peut paraître étrange qu’Hercule fasse partie des légendes libyco-berbères, mais précisons que les Achéens (Indo-européens et futurs Mycéniens) avaient colonisé la Cyrénaïque vers le XVIIème. La Grèce est donc présente dans la culture locale depuis longtemps. D’autre part, Hercule est le prototype de l’homme idéal construit spécialement pour enjoliver une époque que l’on associait à l’ignorance et à l’absence de vertus morales. Pour finir, Hercule est universelle puisqu’il serait inspiré d’un personnage central de l’Epopée de Gilgamesh.

Un siècle plus tard, le géographe Strabon fait intervenir des Indiens dans l’histoire d’Hercule. Il est clair que l’arrivée par l’Ouest de nouveaux arrivants paraît plutôt illogique et la tentation est grande de chercher les origines des Maghrébins vers l’Est.

Cette origine orientale perçue par les Numides qui se disent volontiers chanani, ou cananéens, est rapportée par le proto-Algérien Augustin de Thagaste (saint Augustin).

Le temps passant, la légende se fait plus forte et l’historien byzantin Procope précisera que les Maures sont les descendants de Cananéens chassés de Palestine au XIIIème siècle par le roi hébreu Josué, soit quatre siècles avant la fondation de Carthage.

De fil en aiguille, les Berbères seront déclarés enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé, descendants des Philistins, par Ibn Khaldoun au XVIème siècle de notre ère.

Les Berbères selon Ibn Khaldoun :

 » Les Berbères sont les enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé, ainsi que nous l’avons déjà énoncé en traitant des grandes divisions de l’espèce humaine. Leur aïeul se nommait Mazigh ; leurs frères étaient les Gergéséens ; les Philistins, enfants de Casluhim, fils de Misraïm, fils de Cham, étaient leurs parents. Le roi chez eux portait le titre de Goliath (Djalout). Il y eut en Syrie, entre les Philistins et les Israélistes, des guerres rapportées par l’histoire et pendant lesquelles les descendants de Canaan et les Gergéséens soutinrent les Philistins contre les enfants d’Israël. Cette dernière circonstance aura probablement induit en erreur celui qui présenta Goliath comme Berbère, alors qu’il faisait partie des Philistins, parents des Berbères. On ne doit admettre aucune autre opinion que la nôtre ; elle est la seule qui soit vraie et de laquelle on ne puisse s’écarter.  » Ibn Khaldoun, l’Histoire des Berbères, traduction De Slane, Alger.

David et Goliath Le TitienIl faut attendre le XVIIème siècle pour que l’historien égyptien Mohamed al-Bakri rapporte des légendes locales selon lesquelles les Berbères, chassés par les Hébreux, l’avaient été lors de la défaite de Goliath (Djalout) contre David (XIème -Xème siècle av. J.-C.). Les Berbères se trouvent là des origines philistines. C’est Ifriqos, le fils de Goliath, qui auraient conduit ces groupes venus d’Orient et qui aurait, on le devine, laissé son nom à l’Afrique. Précisons que si la Bible ne fait pas de Goliath un roi mais un guerrier, les chefs de tribus portaient le titre d’Aguellid chez les Berbères, La racine GLD étant la même. On pourrait aller plus loin mais nous nous égarerions en disant que cette racine se retrouve dans les mots latins « GLaDius », le glaive et « GLaDiateur », celui qui le porte. Simple hasard ?
L’étymologie des mots nous aident parfois à avancer, à petits pas incertains, et Mèdes, qui se dit Mazices en latin, préfigure le nom que se donnent certains habitants de l’Algérie : Amazigh au masculin singulier, tamazight au féminin et Imazighen au pluriel.

La quête des origines orientales ne s’arrête pas là puisque les Algériens se trouvent être maintenant et, contre toute évidence scientifique, d’authentiques descendants de Yéménites.

Les archéologues s’accordent aujourd’hui à penser que quelques groupes peu nombreux ont probablement migré d’Est en Ouest vers la fin du IIème millénaire. Mais comme le dit G. Aumassip, le fond biologique du Maghrébin est l’homme de Mechta el-Arbi, très probable descendant de l’Atlanthrope, et qui a subit les apports génétiques des Capsiens et des proto-méditéranéens d’abord, de quelques orientaux ensuite ; fait qui passerait comme mineur aujourd’hui, les Vandales dont on ne parle pratiquement jamais ayant laissé autant leurs marques dans les populations de l’Est algérien que dans celles de Tunisie.

DES CHANGEMENTS PERCEPTIBLES

Aurès algérienLe changement climatique opéré depuis les temps les plus reculés fait du Sahara le plus grand des déserts. Dans la protohistoire, l’aridité est devenue telle qu’elle entraîne la formation d’une barrière écologique qui séparera plus ou moins le Nord du Sud. L’ouverture au monde méditerranéen est dorénavant consommée.

Sahara algérienLa domestication du cheval, monté depuis la fin du néolithique par des cavaliers, et les progrès effectués dans la construction navale vont permettre une pénétration des cultures civilisatrices environnantes (Egyptienne, phénicienne, grecque, romaine puis byzantine) mais aussi un brassage des populations. Cheval au Nord, période caméline au Sud plus tourné vers l‘Afrique Noire. On notera dès ce moment des changements significatifs dans les formes prises par les sépultures et en ce qui concerne la poterie.

L’Âge du cuivre n’est marqué en Algérie que par la présence d’un foyer métallurgique près de Bejaia, au Pic des Singes. On retrouve peu d’objets métalliques, soit qu’il n’y en avait presque pas, soit qu’ils aient été refondus successivement pour d’autres utilisations. C’est dans les tombes qu’il y en a le plus (bracelets et bagues en bronze) alors que les armes sont exceptionnelles (Hache de Karouba près de Mostaganem et poignard de Chénoua près de Tipaza).

LES SEPULTURES

Nécropole occidentale (Tipasa)

Le tumulus, tas de pierres sèches constituant le tombeau en forme de dôme circulaire plus ou moins aplati, est la sépulture traditionnelle de l’Afrique du Nord. On en trouve partout, dans le Sahara, le Tell et l’Atlas.

Bazinas (Tiddis)Le tumulus évoluera en bazina avec un bâti d’enceintes extérieures concentriques. Ainsi, le tumulus néolithique sera pourvu d’un caisson (Aïn Sefra), d’une plate-forme (Djebel Merah), d’une fosse (Boghar). Cette évolution du tumulus conduira aux constructions emblématiques des royaumes numides et mauritaniens (Medracen, Tombeau de Jugurtha…).

Maquette intérieur bazinasSi ces structures sont berbères, il n’en va pas de même avec d’autres sortes de monuments funéraires venus d‘ailleurs durant la protohistoire.
Tout d’abord, les haouanet, caveaux sépulcraux mégalithiques aménagés à flanc de rocher, sortes de grottes artificielles qui seront utilisées encore du IIIème au VIIème siècle chrétiens. On y plaçait le mort et y déposait des offrandes, parfois sur des dalles rajoutées. Elles sont nombreuses en Tunisie du Nord-Ouest et leur nombre diminue en allant à l’Ouest. Leur origine, incertaine quant à la chronologie, est sicilienne.

Dolmens de Roknia (Guelma)Les dolmens sont également présents au Nord de l’Atlas, sur les parties orientale et occidentale de la côte méditerranéenne ; ils sont absents entre Oran et Alger. A l’est, l’influence est ibérique et la forme est simple; alors qu’à l’Est ils sembleraient être en association avec l’évolution des tumulus en bazinas. Il existe en effet une forme intermédiaire entre le dolmen et la bazina comme à Bou Nouara dans le Constantinois. A Rahouna ou à Ibarissen, une allée couverte mène à la chambre mortuaire.
Allée couverte funéraire (Ibarissen)Aucune datation ne permet d’établir la chronologie exacte d’une telle évolution dans les mœurs relatifs à la mort. Tardivement, certainement, la Grèce marquera de ses styles les tombeaux les plus élaborés et les phéniciens qui arrivent apporteront leur décorations qu’on retrouvera dans certains haouanets de la Kabylie orientale.

LA POTERIE

Poterie funéraire décorée (Tiddis)Au Maghreb, la poterie continuera pendant longtemps d’être modelée par colombins mais la céramique protohistorique gagnera en finesse. Le tour ne fera son apparition que très tardivement. Les changements qui s’opèrent semblent montrer à nouveau une influence étrangère. Le fond des pots n’est plus conique mais plat. On pense que le style vient d’un emprunt fait au Mezzogiorno du Sud de l’Italie et de Sicile. Vase à anse (Tiddis)De nouvelles décorations voient le jour avec cette géométrie typique qu’on retrouve encore aujourd’hui utilisée en Kabylie ainsi qu’un vernis résineux qui couvre les récipients de l‘époque comme ceux d’aujourd‘hui. L’usage qui en est fait n’a pas réellement changé depuis 3000 ans ! On trouve les mêmes plats en terre accrochés aux murs des cuisines par un procédé rudimentaire identique : un trou percé latéralement. Il apparaît donc que, sans âge fixé par une datation au carbone 14, toutes les poteries dont l’origine est incertaine sont au sens large protohistoriques.

Ces ustensiles nous renseignent sur le type d’alimentation de l’époque ; Tadjin kabyle actuelon les retrouve répartis sur toute l’aire de culture sèche des céréales, mil à l’extrême sud, blé au nord. Les Algériens mangeaient du couscous (seksou en tamazight) bien avant l’arrivée des Arabes et, comme l’écrit Gilbert Meynier, « déjà leur vie ressemblait à celle qui allait être la leur pendant des siècles, et au moins pendant toute l’Antiquité, voire au-delà. »

L’IDENTITE PALEOBERBERE

Contrairement à une certaine homogénéité des faciès archéologiques paléolithiques et néolithiques, la protohistoire algérienne montre un développement multi- et pluriculturel en fonction de la géographie, du climat donc et des écosystèmes.

Grâce à la domestication des animaux, comme le cheval surtout (emblème national de l’Algérie d’hier comme d’aujourd’hui), et à la navigation maritime qui permet les échanges sur tout le pourtour méditerranéen, des Algériens vont pouvoir s’expatrier et mêler leur gènes aux populations tant européennes qu’orientales. De même et réciproquement, des apports étrangers se feront au cours des siècles sur le sol berbère. Les brassages biologiques vont tendre à uniformiser un peu plus cette population des plus originale.

La coupure Nord-Sud se manifestera par l’existence de deux peuples très différents au premier abord, les Kabyles au Nord (= Maures à l’extrême ouest) et les Touaregs dans le sud saharien. Pourtant, et bien que rien ne démontre une unité nationale berbère dans la période protohistorique, leur langue et leur écriture seront les mêmes durant des siècles et elles perdurent ici ou là malgré les efforts menés pour une arabisation contrainte. Bien sûr, cette langue a divergé de façon endémique en une multitude de dialectes qui ne permettent plus de bien se comprendre selon qu’on est de l’Est, de l’Ouest ou bien du Sud ; du Punique et du Latin sont venus se rajouter, du Vandale pourquoi pas, au Nord-Est, puis un peu d’Arabe et d’Espagnol… du Turc avec parcimonie mais le Français, fort déformé par ailleurs, beaucoup à vrai dire.

On peut comprendre le casse-tête du choix de la langue nationale qui a pu se poser en vue de l’indépendance. Quelque fut le cas de figure, il me semble qu’il fallait une langue nouvelle pour unifier le pays. Après tout, pourquoi prendre plus le Berbère qui n’existe à vrai dire plus ; l’Arabe, langue magnifique, est un bon véhicule à la fois géographique et culturel. Le tout étant de ne pas oublier ses réelles origines. Je m’inscris donc en faux par rapport à la pensée de Lucien Oulahbib qui, dans Le monde arabe existe-t-il ? dénigre d’une part l’apport de l’islam et de la culture arabo-yéménite (il propose carrément de revenir au christianisme Antique !), et d’autre part, pense que l’Algérien aurait dû être l’idiome national. Or, il n’y a même pas de langue unique en Algérie, les influences de l’histoire n’ont pas été les mêmes sur l’ensemble du pays. Que dire alors de l’ensemble du Maghreb ex-Berbérie ?
Reconstitution d'une carte d'Hérodote
Certes, il y a un parallèle entre nous, Français, et les Algériens. En terme de position propice aux passages migratoires, la géographie permet le transit ; en ce qui concerne les apports linguistiques, culturels et cultuels. Si nous nous référons à nos origines civilisationnelles les plus lointaines, nous aurions tendance à nous sentir Gaulois, Celtes donc. Le Français est une langue qui nous serait étrangère car ni gauloise, ni latine, ni wisigothe, ni franque… Que dire du christianisme qui nous vient d’Orient même s’il est empreint de grec ? Le Français est bien plus que tout cela et pourtant l’on sait à quel point il a été difficile de le recevoir, sachant qu’il fallut attendre François 1er pour qu’il devienne la langue en usage dans l’administration. Qui aurait l’idée saugrenue de nous imposer le Gaulois de la protohistoire ou le franc que les Francs ne parlaient déjà plus avant l’invasion du Vème siècle ? Pour l’Algérien, chez qui l’imaginaire fonctionne en partant de la protohistoire, revenir au Berbère comme langue unificatrice serait pur snobisme et temps perdu. Dès lors, il ne reste plus que l’Arabe qui a conquis la majeure partie de l’Afrique du Nord. Le problème qui se pose alors est  » quel Arabe ?  » puisqu’aucun pays du monde, à part l’Algérie qui en rêve, ne parle celui qu’on dit littéraire ou classique. Pas même l’Arabie heureuse ! Décidément, il n’y a que les Algériens pour s’entêter à être plus royalistes que le roi.

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Le néolithique algérien

Repères de lecture :

Néolithique :

Art pariétal de l’Atlas (gravures)

Art rupestre du Tassili (peintures)
– Style des « têtes rondes »
– Style bovidien
– Style équidien (ou cabalin)

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Troupeau période bovidienne (Iherir)

Gabriel Camps, spécialiste de l’Afrique du Nord et auteur de nombreux ouvrages sur la Berbérie depuis 1960, écrivait : « En moins de deux millénaires, la vie de l’homme allait changer plus profondément que pendant les deux millions d’années qui avaient précédé ce grand tournant de l’histoire. » Il parlait bien entendu de la « révolution » néolithique. L’homme nomade pêcheur-chasseur-cueilleur cède la place à l’éleveur semi-nomade ainsi qu’à l’agriculteur qui s‘est sédentarisé. Le règne des cités va bientôt commencer, l’écriture va poindre de quelque alphabet rudimentaire et l’usage, plus raffiné, de la pierre tire à sa fin, l’âge des métaux n’est plus très éloigné. Le néolithique du sud algérien a 2000 ans d’avance sur le monde méditerranéen et commence vers le VIIème millénaire, plus précisément entre -8000 et -5000 av. J.-C.

Pointes de flêches (Atlas)A vrai dire l’assertion « âge de la pierre polie » n’est pas vraie tant l’usage de pierres taillées subsiste encore largement pendant tout le début du néolithique. L’industrie du néolithique algérien consacrée à l’outillage sera surtout marquée par l’apparition d’une « arme de destruction précise » mais à usage de la chasse, l’arc… les pointes de flèches laissées sur place en témoignent. Une place de cette industrie est faite à la poterie et notamment à la céramique ornée. Il est difficile de situer l’installation de l’agriculture en Algérie Ammotragus lervia mouflon à manchettesdans le temps, il manque les traces saisissables. Idem pour l’élevage qui ne viendrait que plus tard. On a néanmoins trouvé des pollens de céréales vieilles de plus de 3000 ans avant J.-C. dans des oasis, ce qui prouve que la phase de sédentarisation est en cours bien avant. La perte de signes d’activités humaines est fréquente en Algérie tant en ce qui concerne la préhistoire que pour ce qui touche au passage de la protohistoire à l’histoire. Toujours est-il que l’hypothèse bien acceptée d’une domestication antérieure du mouflon à manchettes par Alcelaphus buselaphus antilope bubaleles Ibéromaurusiens et de l’antilope bubale par les Capsiens (revoir « Le paléolithique algérien ») conforte les archéologues sur une activité d’éleveurs bien développée dès la moitié du néolithique. C’est sur l’art pariétal (ou rupestre) que repose dorénavant la perception des débuts de l’humanité en cette région du monde.

Site intéressant (cliquer) sur la préhistoire au niveau de l’Atlas.

Atlas et Tassili

L’ATLAS SAHARIEN :

Gravure gazelle (Sedrata)Sur un axe allant de Tindouf à Guelma (voir carte ci-dessus) et passant par Laghouat, une visite de 2000 km de long vous ferait découvrir les merveilles des gravures sur roche de l‘époque. Pas encore de peintures rupestres comme on en trouve par milliers dans le Tassili mais, des Monts du M’Zab à l’est à ceux des Ksour l’ouest, un fourmillement de renseignements sur la faune locale : gravures dans la roche d’autruches, d’éléphants, de rhinocéros mais Gravure sur pierre pachyderme (Tiout)aussi de sanglier dévoré par des lions (Sedrata près de Guelma), de buffles bagarreurs…; le climat n’était pas du tout celui d’un désert comme c’est le cas aujourd’hui mais celui d‘une savane. C’est dans le triangle Djelfa-Laghouat-Messaad du Djebel Amour qu’on trouvera à la fois des traces capsiennes (paléolithiques), celles de culture néolithique et les restes du plus méridional des postes installés par Rome en Numidie, le Castellum Dimmidi, carrément bâti sur une agglomération préhistorique.

D’autres fresques se rapportent à une vie plus pastorale avec des gravures de béliers ornés de bonnets, de plumes, de colliers et paissant paisiblement, d’ânes domestiqués, le plus souvent accompagnés d’un homme, agenouillé, mains tendues en avant, semblant prier. On nomme ces représentation « orants ou orantes » et l’on y voit des scènes sacrificielles.

Paysage du Tassili n'Ajjer photopano.com

LE TASSILI N’AJJER :

Abris-sanctuaire (Tanzoumaïtak)

Plus au sud, le Sahara central nous offre ses galeries d’art se développant à partir du VIIème millénaire avant J.-C. (Hoggar mais surtout Tassili). La densité artistique y est non seulement impressionnante (il suffit de se promener un peu à pieds le long des falaises -sans s’y perdre ! pour rencontrer un dessin forçant le respect) mais révèle surtout une avance de 2000 ans au moins sur l’Afrique méditerranéenne.
Les pollens retrouvés et datés du VIIème millénaire avant notre ère montrent que le climat est loin d’être aride. Les hauteurs de ces massifs, aujourd’hui lunaires, étaient couvertes d’une végétation proche de celle de la brousse avec des feuillus, chênes, tilleuls et noyers, les versants étant peuplés de pins d’Alep, les piémonts de genévriers, de micocouliers et de lentisques. Tout simplement incroyable pour celui qui y est allé. La faune comprend, selon les peintures vieilles de plus de 7000 ans et des ossements trouvés, des animaux typiques à la savane Pierre taillée néolithique saharienafricaine, des bubales, des ânes sauvages, des chèvres, des gazelles et … des poissons. Le bestiaire est aussi varié qu’impressionnant par les dimensions des dessins (girafes de plus de 8 m). La première civilisation saharienne n’aurait rien à envier à celle du Nil néolithique. Les ossements recueillis d’hommes de la plus ancienne période appartiennent au type négroïde uniquement. La rencontre avec le type méditerranéen se fera bien plus tard. Il faut plutôt relier le culturel « tassilien » à celui du Soudan, libyque compris. Si les peintures de chars ne manquent pas côté libyen, le Tassili algérien en présente moins et les fresques sont souvent effacées. Il est à noter également le raffinement et le perfectionnement atteints dans l’art de la fabrication d’outils en pierre, pointes de flèches, couteaux… Les nuclei indiquent la finesse et la qualité du travail dans le prélèvement d’éclats effectué par de vrais professionnels. La beauté réside Nucléus de silex néolithiquedans les couleurs des opales et des silex utilisés ainsi que dans la façon dont les tranchants sont délicatement ciselés ou dentelés. Je projette un voyage spécial pour visiter le musée du Bardo à Alger qui abrite les plus beaux échantillons retraçant l’épopée algérienne, de l’aube des temps à l’Antiquité. Auparavant, je me serais rendu à Mostaganem (site préhistorique de Karouba), au musée Zabana d’Oran et dans la région de Laghouat, dans le Djebel Amour. Inch’Allah.

Comparée à celle du paléolithique (mésolithique compris), la période du néolithique sera courte, je l’ai déjà dit. Pour une compréhension facilitée de cette fresque de près de 8000 ans, les paléontologues l’ont découpée en trois périodes :

– la période dite des « Têtes rondes »,

– la période dite « bovidienne »,

– la période dite « équidienne » ou cabaline par opposition à celle du chameau(*).

(*)Selon Henri Lothe, une quatrième période peut être rajoutée bien que sa durée jusqu’à aujourd’hui peut paraître bien courte comparée à chacune des trois autres, il s‘agit de la période dite « caméline ». Même la période bubale capsienne de la fin du paléolithique est nettement plus longue. (lien à cliquer)

* LE STYLE DES « TÊTES RONDES »

Détail scène période des têtes rondes

L’on ne doit jamais imaginer le passage d’un style culturel à un autre comme une rupture franche et brève. Les Capsiens de la période bubaline (lire Le paléolithique algérien), au nord, n’ont pas disparu subitement pour faire place aux suivants, au sud. On peut concevoir un genre de fondu d’images comme on l’utilise au cinéma pour Reproduction fresque Grand Dieu aux orantes (Sefar)donner l’impression que bien des choses se passent qu’on ne peut dissocier distinctement. Les catégories en paléontologie sont toujours des constructions humaines qui permettent l’entendement. Il est à noter que jusqu’au Capsien, l’homme ne se représentait quasiment jamais. Des gravures d’alors ne figure qu’un bestiaire pictural. Le sacré représenté va d’abord vers l’extérieur de l’homme, l’animal, pour lui revenir peu à peu.
L’art rupestre de la première moitié du néolithique offre la vision d’un monde quasi extra-terrestre, peuplé de personnages étranges évoquant des cosmonautes casqués. Il n’y a ni troupeaux ni scènes de chasse dans les peintures de ce moment. Les têtes humaines sont systématiquement rondes, simples, ornées de motifs géométriques, peintes à l’ocre rouge rehaussé de blanc, de gris-bleu et de jaune.

Période des têtes rondes

En effectuant mes recherches au-delà des livres que je possède, mes mots-clés m’ont conduit à un nombre incalculable de blogues et de sites Internet évoquant une scène rupestre célèbre du site de Séfar et nommée par le découvreur « Le dieu martien .» Rebaptisé par les spécialiste « Grand dieu aux orantes de Séfar » -il en existe plein d’autres (voir dessin ci-dessus), il nourri encore l‘imaginaire de certains qui voient là les preuves que l‘homme vient de galaxies lointaines. Cette propension à renier ses origines probables et à s’en chercher de plus incertaines ne m’atteint guère, j’aimerais les avoir toutes et les honorer pour ce qu‘elles auraient été. Il n’y a pas dans mon esprit un point de l’histoire humaine nommé « ignorance » ou «  Jahiliyyah ».

Abris sous roches (Séfar)

Certaines représentations peuvent paraître plus énigmatiques encore. Les têtes des personnages sont remplacées par celles d’animaux (chacals, chiens, lions, panthères…). Je pense immédiatement à une préfiguration des futures divinités égyptiennes de l’Antiquité pharaonique et je ne suis pas le seul. Certains avancent même l’origine saharienne des premiers Égypto-soudanais -période prédynastique. J’imagine que les traversées Tassili-Haute Egypte n’étaient pas rares et se faisaient dans les deux sens. Si l’élément central et unique de toute cette période était l’humain, l’apparition d’animaux va marquer le début de la période suivante.

* LE STYLE BOVIDIEN

Chêvre allaitant son chevreau (Amguid)

A partir du Vème millénaire, les scènes de chasse viennent rompre la monotonie de l’âge précédent. Les animaux sauvages sont de retour même si l‘antilope bubale antique n‘est plus présente. Les peintures nous indiquent les modes de vie généraux des hommes. C’est la période pastorale des grands troupeaux. Certes, il Boeufs lyres actuelsy a des ovins et des caprins , mais l’animal principal est le bœuf, très proche des grands bovins de la vallée du Nil, ce qui laisse penser à une vague migratoire. La faune représentée montre que le climat est toujours propice à la végétation décrite plus avant. L’hippopotame n’a pas disparu, les nappes d’eau sont donc toujours là.

Phase bovidienne Troupeaux

Concernant cette période bovidienne, il est important de rappeler que toute la symbolique de la création du monde telle qu’on la rencontrera partout ailleurs dans le monde méditerranéen et moyen-oriental repose sur cet animal. Les symboles solaire (cercle) puis lunaire (croissant) ont plus de 5000 ans d’histoire ; ils traverseront la proto-histoire, l’Antiquité et se retrouvent dans nombre de religions afro-asiatiques. Le croissant n’est absolument pas d’origine islamique car bien antérieur dans cette fameuse Jahiliyyah.

Phase bovidienne population blancheLe IVème millénaire marque la présence de populations non noires venues l’on pense de l‘est, sans doute par le Fezzan (désert sub-tripolitaine). Egalement des ethnies à teint plus cuivré provenant probablement du Sahel sub-saharien et ancêtres soupçonnés des Peuls. Les fresques sont exemplaires. Finesse des traits et précision dans les détails sont remarquables. Les femmes portent de somptueux vêtements quand les hommes semblent se contenter de pagnes. C’est vers -3000 avant J.-C. que le bœuf attelé montre qu’il est totalement domestiqué par l’homme.

Idoles à têtes de chouette (Tabarbalet)L’art s’enrichit par la sculpture de la pierre nettement représentative de cette période de « meeting pot » humain ; les bétyles (à têtes de chouettes de Tabarbalet) ou les sculptures en « ronde bosse » ou encore en pain de sucre représentent des bovins (tête de béliers du Touat), des antilopes (Zaouallletaz), Goundi ou rongeur du désert (Erg Admer)des goundis (Erg Admer), petits rongeurs du déserts toujours présents aujourd’hui… Leurs rôles sont ignorés mais on leur prête des propriétés magico-religieuses.

* LE STYLE EQUIDIEN

Fresque équidienne (Tamadjert)

Lorsque les hippopotames et les éléphants disparaissent des représentations pariétales, l’on en déduit que le climat vient de changer et que la savane s‘assèche. C’est la fin de la période bovidienne, l’ère du cheval vient de commencer et nous quittons la préhistoire direction l‘âge des métaux. Nous sommes en -2000 avant le Christ.
Phase équidienne vie quotidienneLe cheval, possiblement nouveau venu d’Egypte où il existe depuis le XVIème siècle avant le Christ, est domestiqué et attelé à un char à deus roues. Selon Hérodote, les libyens (Garamantes) auraient enseigné l’art d’unir le char au cheval aux crétois préhelléniques, dans les temps les plus reculés. D’autres soutiennent le contraire. D’attelé, l’animal est monté mais bien plus tard ; les fresques du Tassili et du Hoggar semblent l’indiquer. Notons au passage le changement de style pour la représentation des hommes ; les têtes, portées par des corps graciles, sont des tiges allongées se terminant en vague crochet. Nous sommes passé des arts premiers à l’art contemporain… bien avant l’heure.
Tumulus néolithique SaharaLes Gétules et les Garamantes continueront leur épopée équidienne mais abandonneront peu à peu le char. Les Garamantes donneront les fiers cavaliers de cette histoire commençante et qui conduit à leurs descendants, les Touaregs. On se doute que la savane est en passe de devenir le plus grand désert du monde. Les « Algériens » de la fin du néolithique possèdent déjà la base d’un alphabet, un des plus anciens ; des caractères libyques gravés sur la pierre témoignent des prémices de Ecriture tifinagh dérivée de l'alphabet libyquel’écriture tifinagh demeurée chez les Touaregs. Les morts ont des sépultures élaborées, les monuments funéraires deviennent des constructions de plus en plus complexes, le tumulus devient fréquent. Fin du néolithique par abandon partiel et très progressif de la pierre et de l’os pour le cuivre, on parle alors du chalcolithique, puis pour le bronze, le fer enfin. Nous sommes aux portes de l’histoire.

Le paléolithique algérien

Repères de lecture :

Paléolithique :
– Site de l’Aïn Hanech –Homo habilis (ou pré-erectus)
– Atlanthrope de Ternifine ou Tighennif (proche de Mascara) –Homo erectus
– Culture atérienne –Homo sapiens (proche de l’Homme de Néanderthal)

Fin du paléolithique à mésolithique :

– Homme de Mechta el-Arbi –Homo sapiens-sapiens
– Culture ibéromaurusienne
– Culture capsienne

Pour la localistion des sites, sur la carte de l’Algérie cliquer ici

Repères chronologiques :

Préhistoire-chronologie-datesPréhistoire-chronologie-détail

Tableau agrandi dans la page « Généralités sur la préhistoire » (cliquer sur l’image)

Spéroïdes du site d'Olduvai (Tanzanie)Lorsque nous parlons des origines de l’homme moderne, Homo sapiens-sapiens, nous évoquons le genre Australopithecus, apparu en Afrique australe il y a plus de 4 millions d’années. Mais l’australopithèque, bien qu’hominidé (ou hominien), n’est pas du genre Homo. De plus, il n’y a jamais eu d’Algériens australopithèques.

Le premier Algérien est Homo habilis

Crâne d'Homo habilis (Tanzanie)L’Homme apparaît donc avec le premier du genre (Homo), vieux d’environs 1,7 millions d’années pour celui qui a fréquenté l’Afrique du nord… il s’agit d’Homo habilis (l’homme habile de ses mains) ou, selon d’autres paléo-anthropologues. d’un Homo erectus très primitif. Le premier algérien était donc habile et a laissé ses traces -plutôt discrètes puisque nous n’avons aucuns restse de squelettes(*)- dans les hautes plaines de Sétif, à Aïn Hanech (Nord de l’Algérie) mais aussi à Rheggane et près d’Illizi, à Bordg Tan Kena (sud algérien). Ces deux derniers lieux sont de découvertes récentes.

(*) Les illustrations de tous les crânes sont là seulement à titres indicatif et comparatif

Galet aménagé (Illizi)Les outils sont rudimentaires -on parle de pebble-culture– comme les galets aménagés retrouvé dans le Tassili. A Aïn Hanech, on a retrouvé des boules de pierre grossièrement rondes (voir photo ci-dessus de sphéroïdes d‘âge villafranchien tanzaniens) faisant penser aux premiers essais de taille effectués par la main de l’homme. Leurs homologues sont ougandais et tanzaniens (photo ci-dessus, à droite). Peu d’endroits témoignent dans le monde des premiers balbutiements du travail d’êtres humains. Les fouilles, quasiment interrompues pendant les années de sang, ont repris ; de nouvelles découvertes ont lieu.

L’Atlanthrope ou Homo erectus

Crâne d'Homo erectus ou Homme de Tautavel (France)Un million d’années plus tard, un autre type d’homme apparaît (venant de la corne africaine sans doute) qui vivait -on a retrouvé des restes de mandibules dans une sablière à Ternifine (Tighennife)- tout proche de l’actuelle Mascara. Cet homme a eu pour première appellation Atlanthropus mauritanicus mais il s’agit en fait d’un Homo erectus Biface acheuléen époque Antlanthropeassez classique (homme qui se tient debout). La taille de la pierre a évolué, certes, mais elle reste grossière : bifaces primitifs et hachereaux caractéristiques de l’Acheuléen africain. La chasse, par piégeage ou acculement, devait être pratiquée contre des éléphants, des hippopotames, des girafes mais aussi des cerfs et surtout des sangliers. La végétation est encore de type savane tropicale mais va s’aridifier et se refroidir peu à peu. Notons qu’on ne trouve pas trace d’utilisation du feu en Algérie remontant à cette époque, les intempéries ayant certainement lessivé toutes traces de foyers hors abris sous roche. L’homme de cette époque, certainement charognard aux débuts se spécialisera de plus en plus pour la chasse.

La culture atérienne ou l’Homo sapiens

Crâne de l'Homme de Néanderthal (Allemagne)L’équivalent Nord-Africain de notre Homme de Néanderthal ne laissent pas de restes osseux en Algérie et il est possible que l’Homme de Rabat, découvert Trièdre (Illizi)dans les mêmes horizons paléontologiques, serait de cette espèce d’hominidé. On sait qu’avant l’homme moderne (Homo sapiens-sapiens), la vie sociale était déjà organisée et que des cultes religieux étaient pratiqués.

Il y a 100000 ans, Homo sapiens (homme qui sait) apparaît dans le Nord de l’Afrique. On ne le sait pas mais il y a peu de chances pour qu’il soit apparenté à l’Algérien érectus précédent. On trouve des traces vieilles de 60000 ans au sud de Tebessa, dans le gisement de l’oued Djebena près de Bir el-Pointe à soie atérienne (Beni Abbès)Ater (dans les Nememchas). Également à Karouba, près de Mostaganem et dans le Sahel d’Alger.

C’est de Bir el-Ater que sera tiré le nom donné à la culture de ces Nord-Africains : la culture atérienne. Ces hominiens atériens devaient chasser antilopes, buffles, gazelles et chevaux. La chasse des grands animaux devait se faire en groupe, ce qui nécessitait des liens sociaux de plus en plus serrés, allant de paire avec l’évolution du cerveau. On a Biface acheuléen (Tihodaïne)retrouvé des outils perfectionnés comme des grattoirs, des racloirs, des poinçons et un genre de pointes de pierres pour ancêtre de la  flèche ou pointes à soie. Le climat est plus sec et moins chaud ; la végétation est une steppe au sud alors que celle de la zone septentrionale est proche de celle de l’actuel Var.

Grattoir à pédoncule de la période atérienne (Oued DjebbouaC’est à el Guettar, dans le sud tunisien et près de la frontière algérienne, qu’on a trouvé la plus ancienne marque de culte religieux en Afrique du Nord : un amas de grosses boules de pierres déposées près Lame denticulée de la période atérienne (Oued Asziouel)d’une source. Croyance en un génie des eaux peut-être ?

La civilisation atérienne s’éteindra vers – 25000 ans (Falaise de Sidi Saïd près de Tipasa), remplacée peu à peu vers -22000 ans par celle de l’homme de Mechta el-Arbi dit aussi Mechta Afalou.

Falaises rouges (Tipasa)

L’Homme de Mechta el-Arbi ou Homo sapiens-sapiens

Les choses s’accélèrent et nous voilà au IXème millénaire. Homo sapiens (type néanderthal) a encore évolué et s’appelle désormais Homo sapiens-sapiens (l’homme conscient de son savoir). On retrouve ses restes fossilisés à Mechta el-Arbi, tout près de Chelghoum Laïd, à l’Ouest de Constantine ; à Afalou Bou R’mel, non loin de Béjaïa ; à La Mouillah, près de Maghnia, dans l’Ouest algérien. On reconnait chez cet homme du paléolithique moyen les traits caractéristiques de l’espèce Cro-Magnon. L’Homme de Mechta connaît son apogée -10000 ans av. J.-C.

Crâne de l'Homme de Cro-Magnon-40000 ans (France)Au début du XXème siècle, les paléontologues admettaient pour cette génération d’hommes préhistoriques une lignée ibéro-maurusienne (mélange entre des ibères venus de la future Hispanie et les autochtones Nord-Africains). Cette conception est dépassée aujourd’hui sans pour autant certifier d’une descendance berbère de ces hommes robustes rappelant notre Cro-Magnon à nous. Comme il était difficile de leur atribuer un nom, on a conservé l’appellation d’origine en retirant le tiret séparateur ; ibéromaurusiens donc. En Europe, c’est l’Âge du Rennes, en Algérie, on pourrait parler de celui du mouflon tant il y est consommé. Les techniques de la taille de la pierre ou de l‘os, déjà bien évoluées, sont proches bien que le Maghreb ait de l’avance sur l’utilisation du micro-burin : aiguilles et poinçons en os, lames denticulées de silex, couteaux, haches. Les premières représentations de formes ont lieu : triangles, trapèzes, formes animales. L’habitat principal est l’abri sous roches, les grottes. Le nomadisme commence à se restreindre et l’homme de cette époque (semi-sédentaire depuis H. erectus) préfère vivre près de la mer ou des lacs. Il pratique encore la pêche, la chasse (hommes) et la cueillette (femmes, enfants et invalides). L’alimentation est constituée de mouflons, d’antilopes, de gazelles mais aussi de chat et de chacal.

Usage d'ocres (actuel)Culture ibéromaurusienne :

Tardivement, l’usage d’ocres (jaunes et rouges) pour le badigeonnage des corps, des cadavres et des outils est démontré. L’homme est fondamentalement religieux et commence à prêter des vertus aux objets, aux plantes, aux animaux et… à lui-même. Si l’Homme de Mechta n’est pas un artiste accompli, on a retrouvé quelques parures peu sophistiquées et à usage présumé religieux (pierres, coquillages, os, plumes d’autruche). A Afalou Bou R’mel ou à Columnata en Oranie, la présence de sépultures remonte à 22 – 24000 ans (archaïques) et vers -9000 elles sont plus élaborées (dépôts d’offrandes), annonçant surtout les futurs monuments funéraires (amoncellement de pierres, d’ossements, et premières nécropoles). Il est possible que l’Homme de Mechta el-Arbi ait pu subsister jusqu’au néolithique et que leurs descendants aient pu peupler les Canaries, donnant le peuple des Guanches.

Site ibéro-maurusien de Columnata (Sidi Hosni en Oranie)

La culture capsienne

Les Capsiens (fin paléolithique)

Les Capsiens ne gagnent la zone littorale que très tardivement, débordant sur l’aire ibéro-maurusienne

C’est au VIIIème millénaire que la future culture méditerranéenne trouve vraiment sa source première. En effet, une autre vague civilisationnelle, dont les traces ont été découvertes à Gafsa (Capsa romaine) en Tunisie, s’installe sur les ruines du monde atérien sans le supplanter totalement puisqu‘il perdurera très longtemps encore. Comme Ginette Aumassip l’a écrit : Le substrat reste ce probable descendant de l‘Atlanthrope qu‘est l‘homme de Mechta el-Arbi . Les Capsiens, de grande taille, moins robustes donc plus graciles, plus élancés et plus fins que les prédécesseurs atériens, provenaient peut-être du Proche-Orient via la Basse -Egypte.

Pelorovis antiquus ou bubaleOn ne retrouve leurs traces en Algérie qu’à l’intérieur et dans la partie orientale du pays à El-Outeb, à Relilaï, à Dra Mta el Ma el Abiod ; ces sites montrent la présence d’escargotières et de cendrières, ou ramâdiyyât, avec déchêts de cuisine. On peut y lire l’alimentation de l’époque : énormément de mollusques, du cheval, du mouflon, du sanglier, du zèbre et une espèce d’antilope à grosse tête ou antilope bubale (Alcelaphus buselaphus).

N.B. : Ne pas confondre la bubale et le bubale, grand bovin (Pelorovis antiquus) tellement représenté dans les gravures rupestres qu’on qualifiera cette période de période bubaline.

Pendeloque en os poli du Capsien supérieur (Mechta el-Arbi)C’est dans l’art de l’ornement que se distinguent les Capsiens qui inventent une véritable stylistique décorative : coquillages perforés, coquilles d’œufs d’autruches (utilisées jusqu’aux puniques !), coquilles d’oursins, vertèbres perforées, dents, pierres, carapaces de tortues, perles naturelles ou en os… mais aussi des outils comme des fines lamelles de silex. Les Capsiens utilisent leurs déchêts industriels comme Gravure sur pierre fin paléolithique capsienbijoux (colliers et bracelets de perles en poteries cassées). La gravure sur pierre (Khanghet el-Mouhaad) annonce l’art pariétal ; la sculpture sur pierre apparaît un peu plus tardivement (El-Mekta). Vers la fin du Capsien et à l’orée du néolithique, les ocres seront utilisées pour souligner les contours de ces gravures pariétales.

Les sépultures profitent de l’art ornemental (tapisserie de végétaux, de vanneries, enduits au kaolin). La céramique a fait ses premières apparitions dans le Tassili n’Ajjer dès le VIIIème siècle (av. J.C.). Beaucoup plus tard, on en relève la présence sur le littoral mais elle est encore lourde et grossière, peu décorée (Tiaret).

Le religieux se développe autant que le culturel, sans pour autant avoir la preuve d’une religion à proprement parler. On remarque la pratique de l’ablation des incisives supérieures, mais aussi parfois inférieures, dès l’adolescence. On peut penser que le sacrifice d’une partie du corps aussi précieuse -l’heure de la médecine n’ayant pas encore sonné- reste de l’ordre du sacré et ces rites de passage de l’enfance à l’âge adulte restent encore aujourd’hui imprégnés dans nos esprits et dans nos mœurs.

Nous sommes au mésolithique transitoire ; ce mélange entre cultures ibéromaurusienne et capsienne, qui représente déjà le fond du peuplement maghrébin algérien, annonce la révolution néolithique marquée par l’art rupestre au Tassili n’Ajjer. A la question que nous pouvons légitimement nous poser : les Ibéromaurusiens et les Capsiens ont-ils eu des liens serrés au point d’instituer des mariages communs ? L’historien ne peut encore le dire mais rien ne nous empêche d’y croire avec une certaine force de conviction.

Art rupestre période des têtes rondes (Tassili)

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