La ville romano-africaine

Repères de lecture : À partir de la chute de Carthage, Rome mettra quatre siècles à donner à l’Afrique du Nord antique sa configuration administrative finale. Mais, même après Septime Sévère, les frontières (le limes) de l’immense territoire devenu province romaine demeureront floues au niveau des portes du désert du Sahara. De nombreuses cités berbères opteront pour la civilisation apportée par Rome en devenant colonies et municipes ; Cæsarea (ou Césarée de Maurétanie/Cherchell) sera maintenue comme capitale de la grande Maurétanie, c’est à dire du territoire allant des confins de la Numidie à l’Atlantique ; Tingis (Tanger) n’est que chef-lieu de l’ensemble formé par la Tingitane et la Césaréenne ; de nouvelles villes seront fondées sous l’Empire, plus à l’Est qu’à l’Ouest par ailleurs ; Cirta (Constantine) sera faite capitale de la Numidie du Nord. En 197, sous Septime Sévère, la configuration juridique et administrative du pays a ainsi permis un début d’urbanisation, et ce n’est qu’au IVème siècle, après Dioclétien, que le phénomène connaîtra une ampleur sans précédent. Cette romanisation graduelle a été plus marquée dans le Constantinois et dans la région de Cuicul (Djemila), plus atténuée côté Maurétanien.

Fonctionnalité de la ville romano-africaine

Le mariage entre l’Afrique du Nord et la culture grecque dont il en avait accepté la puissante empreinte datait de Massinissa. Le grand aguellid avait également emprunté l’habit cérémoniel des empereurs romains, on s’en souvient. Juba Ier avait bien tenté l’introduction du latin auprès de son entourage mais le punique persista encore longuement, même sous l’occupation romaine à en croire saint-Augustin. Juba II accentua le phénomène de romanisation de sa société, en zones urbaines comme en zones plus rurales. Seule le statuaire sera de style gréco-égyptien, l’architecture romaine s’imposant pour le reste de l’appareillage urbain. L’on sait aussi la grande proximité qui rapprochait Ptolémée du monde romain, univers qui le fascinait littéralement. Michèle Coltelloni-Trannoy écrit à ce propos :

« Le goût des souverains maurétaniens pour la culture hellénique est complémentaire de leurs sentiments de révérence et d’admiration à l’égard de la Rome augustéenne.

En empruntant aux époques antérieures leurs thèmes esthétiques, Juba II recherchait, sinon le symbole d’une indépendance impossible, du moins la réputation qui s’attache à la richesse et au bon goût. C’est en imitant les grandes cités méditerranéennes, Rome, Alexandrie ou les autres Césarées, que les souverains maurétaniens pouvaient prétendre à occuper une place réelle à l’intérieur du monde romain.« 

Cherchell, c’est à dire la petite Iol punique rebaptisée Cæsarea par Juba II – on n’en est pas certain, Ptolémée ou Claude y sont peut-être pour quelque chose – fut agrandie dans le dessein d’être faite capitale-vitrine du pays car, ce qui est sûr, les vestiges le montrent, la ville a été pensée sous le signe du faste, du luxe, moins sous celui de la nécessité ; comme le pense Michèle Coltelloni-Trannoy, elle devait avant tout être un objet de propagande dans et hors le pays, au même titre que les monnaies frappées sous l’égide du monarque. Les fouilles, dans cette ville, ont parfois relevé d’énormes lacunes dues au saccage des premiers français de l’occupation, après 1830 ; c’est le cas pour l’amphithéâtre qui devait être magnifique, les romains n’en ayant pas encore de tels sur la péninsule italique. Mais Césarée de Maurétanie représente assez bien la ville telle que les Romains voulaient la concevoir : plan hippodaméen, enceinte, étagement des îlots d’habitation jusqu’à l’acropole, cirque, théâtre et amphithéâtre…

Le précédent article montrait comment, sur plusieurs siècles, le paysage rural et urbain a pu changer grâce à un renouveau culturel : primo, centuriation et répartition des terres exploitables, formidables réseaux d’irrigation et d’adduction de l’eau, aqueducs magistraux dont il reste pas mal de vestiges, barrages et captation des eaux de ruissellement, puits et citernes en grand nombre, pour ce qui est de la campagne. Des campagnes qui avaient, elles aussi, subi de profondes transformations, Tertullien disait : « De riants domaines ont effacé les déserts les plus fameux, les champs cultivés ont dompté les forêts, les troupeaux ont mis en fuite les bêtes féroces« ) ; secundo, transformation de la vie politique, culturelle et cultuelle, puis essor commercial des anciens comptoirs puniques du littoral qui optent pour la plupart (non sous la contrainte) pour le statut de municipes (latins ou romains, c’est selon) et/ou de colonies ; enfin, apparition de villes nouvelles, surtout en Numidie.

Tout ce processus ne s’est pas déroulé de manière homogène et chaque cité est un cas particulier. Voici deux exemples de cités portuaires :

Hippo (Annaba) est bâtie par les Phéniciens dès le XIIème siècle av. J.-C. et devient carthaginoise quatre siècles plus tard. Elle sera ensuite une des résidences royales de Siphax puis de Massinissa. Elle prendra le nom de Hippo Regius à la fin de la dernière guerre punique, avec la création de la province d’Africa Nova (Proconsulaire ou actuelle Tunisie et un petit morceau d’Algérie orientale). La ville se romanise surtout à partir de 46 av.J.-C. et ne devient municipe que sous Auguste ; elle est plus communément nommée Hippone. A la fin du 1er siècle, elle est faite colonie honoraire par les premiers princes de la dynastie des Antonins et, dès le IIIème siècle, elle est le siège d’un évêché. Par ailleurs, saint-Augustin connaîtra la chute de cette cité qui supportera un an de siège (de 430 à 431) tenu par les Vandales.

Tipasa, dont le site a des origines bien plus anciennes (station du paléolithique supérieur), était une petite ville couplée au monde carthaginois sans pour autant, mais on n’en sait rien, avoir été un comptoir punique ; on y a découvert une nécropole datant du VIème siècle av.J.-C., voire du Vème, proche du port, et une autre, près de la plage de Matarès, couvrant une plus longue période (du Vème au IIème siècle av.J.-C.). Ce n’est qu’en 46 que Claude lui accorde le droit latin (jus italicum) qui en fait un municipe de rang secondaire. Tipasa devient colonie romaine (Colonia Allia Tipasensis) vers la moitié du IIème siècle seulement. On retrouvera Tipasa à la fin de cet article, notamment son plan.

Si, dans les terres, les populations rurales se montraient plus réticentes vis-à-vis de l’étranger romain, les bourgeois se sont plutôt hâtés pour obtenir la citoyenneté romaine ; les noms berbères sont latinisés très rapidement pour le prestige qu’apporte, plus généralement, la culture gréco-romaine. L’identité romano-africaine était attractive, car elle respectait les coutumes locales et conférait en fait une double nationalité. Les mosaïques typiques à l’Afrique du Nord, devenues célèbres dans le monde entier, apparaissent un peu partout, d’abord dans les plus grandes villes, dans de plus petites bourgades ensuite ; les grands thermes, bien qu’existant déjà à Carthage, se multiplient sur l’ensemble du territoire ; le théâtre devient l’élément de distraction indispensable pour toutes les villes importantes (environ 10000 habitants) ; ensuite viendront les grands amphithéâtres et les cirques maximes. Les quelques villes nouvelles sont, quand on le peut, taillées au cordeau mais, pour ce qui est des cités pré-romaines, il faut souvent composer avec la topographie et l’espace laissé libre et vacant. Les ville romano-africaines, qui possèderont un modèle, Césarée, ne se ressemblent pourtant pas vraiment, chaque ville étant à la fois particulière et commune à toutes les autres :

Toutes ou presque présentent deux larges et longues artères : le cardo maximus, ou voie Nord-Sud (cardo), et le decumanus maximus, ou voie Est-Ouest (décumane). Un grand forum jouxtait l’intersection des deux voies principales, mais parfois il est décentré. Autour de cette vaste place publique étaient bâtis tous les monuments administratifs : la curie pour les réunions du conseil municipal ; la basilique civile où se jugeaient les procès, mais où se débattaient également les affaires commerciales ; les temples, dont le capitole, où étaient sensées siéger les diverses divinités, notamment Jupiter, Junon et Minerve dans un premier temps, l’empereur-dieu plus tard, le Dieu d’Abraham enfin. D’autres pièces maîtresses  viennent s’y rajouter comme il a été dit : nombreux sont les thermes qui voient le jour, avec leur salle de sudation (sudatorium), leurs bains, chaud (caldarium), tiède (tepidarium) et froid (frigidarium) – se laver devient crucial comme semble l’indiquer l’inscription commune à tous : « bene lava » ou lave-toi bien – et leurs latrines luxueuses. On veut un théâtre, puis un amphithéâtre, enfin un cirque pour les très grandes agglomérations… Le statuaire devient un outil de représentation socioculturelle, tout comme les fresques magnifiques et les superbes mosaïques (scène de chasse à Hippone, Neptune et Amphitrite à Constantine, scènes religieuses ou bachiques…) ; l’art doit à tout prix représenter le Beau et le Bien, comme idéaux de vie, quitte à empêcher tout investissement dans une recherche qui aurait pu permettre l’amélioration d’une industrie tout juste embryonnaire.

Bien que l’agriculture y joua le rôle majeur, la civilisation romano-africaine est centrée sur les villes (Gilbert Meynier). Dans l’Antiquité et depuis la grande Babylone, la ville revêt un caractère sacré (la Bible cite Henoch comme son précurseur mythique) et doit à la fois être la projection sur terre d’un temple céleste, représenter la toute puissance du souverain ou du suzerain, avant que d’être l’espace civique et citoyen. La cité assure l’unité entre culture et cultuel, entre commun et sacré ; elle est le lieu privilégié des artistes dont les œuvres révèlent la vie tant mystique que philosophique (stoïcisme et épicurisme prédominent en un accord quasi parfait) ; elle est l’antipode de la campagne où les divinités sont liées à la nature plus qu’à l’Homme, campagne qui , cependant, est recherchée tardivement par quête de repos (otium) et d’éloignement de la vie urbaine (secessio), déjà trépidante à cette époque. Le symbole qui marque la séparation entre ces deux mondes (Culture/Nature) est l’arc de triomphe. On en compte un grand nombre en Afrique du Nord et certains sont réputés pour leur ancienne beauté ou leur taille imposante : Arcs de Carcalla à Théveste (Tebessa) et à Cuicul (Djemila) ; celui de Trajan à Thamugadi (Timgad) et encore celui de Septime Sévère à Lambèse (Tazoult). Plus tard, ces arcs peuvent se retrouver en centre-ville lorsque celle-ci, en se développant, ont débordé extra-muros. Les villes, de l’ouest surtout, peuvent être pourvues d’une enceinte fortifiée, avec nombre de tours de gardes et de sorties de cavalerie.

Nulle colonie n’aurait su se passer de son capitole ; il s’agit d’un complexe religieux dédié à la triade dite capitoline : Jupiter, le détenteur de la foudre et maître suprême (comme son homologue Zeus) ; Junon, sœur et épouse du premier, déesse de la femme et de l’union légitime (associée à Héra) ; enfin, Minerve, la déesse des artisans et symbole de la sagesse (équivalent d’Athena). D’autres temples pouvaient être le siège de divinités plus secondaires ; l’on peut citer le temple élevé à Venus Genitrix de Djemila, ou le complexe que constituaient des édifices religieux de Lambæsis (Lambèse/Tazoult), l’asclepium dédié à Esculape, le dieu guérisseur calqué sur Asclépios, le dieu-médecin des Grecs. En Afrique du Nord, Jupiter s’est très vite confondu avec l’empereur-dieu pour lequel on se devait de porter un culte rigoureux – ce qui entraîna le génocide des premiers chrétiens de l’histoire. On citera le temple Septimien de Cuicul (Djemila), dédié à Alexandre Sévère. La religion est un fait de la vie quotidienne et les superstitions sont de rigueur ; on notera les maigres restes de nombreux autels sacrificiels, d’innombrables ex-voto, un capharnaüm de sarcophages ruinés, de riches décors  funéraires sculptés, à caractère religieux , qui ne sont pas en reste non plus, tout comme les statues dont il en reste de belles et entières.

La devise « carpe diem » s’applique extraordinairement à l’Afrique du Nord romaine tant le romano-africain aime jouir de la vie. Son travail lui laisse assez de temps à consacrer à la distraction, aux plaisirs de la table qui doit impérativement et toujours être bien remplie, mais aussi à tout divertissement plaisant pouvant se présenter à lui.

◊ Les villes les plus importantes sont quotidiennement approvisionnées grâce à un marché permanent et fixé intra-muros ; dans les bourgades importantes des campagnes, ces marchés sont périodiques (nundinæ) et ont lieu hors du bourg. Le marché romain occupe une surface quadrangulaire, peu éloignée d’un forum, simple ou à rotonde centrale comme à Hippone. On visitera aussi le marché de Cosinius de Cuicul (Djemila) et celui de Sertius à Timgad.

◊ Presque toutes les villes ont leur théâtre de plein air, de plan semi-circulaire classique comme à Césarée de Maurétanie qui, dit-on, possédera le premier, avant même Rome. Selon le public et selon les périodes, on y joue les grands classiques de la comédie latine et de la tragédie grecque (pour le public cultivé) ou des scènes de mimes et pantomimes délaissant complètement le texte (certainement pour la plèbe). On pense que les honoraires des troubadours ambulants étaient réglés par de riches évergètes et, qu’à Cirta (Constantine) et bien d’autres villes (Tipasa, Cuicul /Djemila, Madauros /Madaure /M’daourouch, Thubursicu Numidarum /Khemissa…), on entretenait ses propres troupes de comédiens. Le rôle, joué par ces riches mécènes dans la vie publique, on le verra, est tel qu’on a du mal à se l’imaginer, nous dont les impôts remplissent le même office public.

◊ Autre devise romaine qui semble universelle : « panem et circenses« , du pain et des jeux (du cirque). Le cirque apparaît assez tôt en Afrique du Nord ; ce sont encore nos riches notables qui entretiennent autant qu’ils le peuvent ce phénomène qui rend le peuple amnésique aux souffrances que son modèle social lui inflige. L’amphithéâtre, ou mini-cirque de forme ellipsoïdale, pour ville moyenne ou pour quartiers des grandes capitales, permet, en les distrayant, de canaliser les masses populaires. Y ont lieu les combats de gladiateurs d’origine servile, des luttes sans merci contre des fauves (venatio), et des exécutions dont se délecte le public, notamment celles dont les chrétiens des premiers temps en ont pu faire les frais. A Cherchell, le grand cirque (400 m x 90 m) servira surtout d’hippodrome, tout comme à Sitifis (Sétif) ; l’amphithéâtre de la capitale est de forme particulièrement allongée (120 m x 70 m). Il ne reste que peu de vestiges de ceux de Tipasa, de Théveste et de Lambèse, les Vandales seront passés par-là.

◊ Le plaisir d’un Romano-Africain passe aussi par l’eau et de l’usage qu’il en fait. Certes, la ville possède de fort jolies fontaines publiques (Djemila, Timgad, Cherchell, Annaba, Tipasa…) mais, ce sont surtout les thermes qui marqueront le visiteur. Ici encore, leur construction et leur entretien étaient à la charge d’un riche notable – les pierres, sculptées comme dédicaces, sont innombrables pour tout ce qui constitue l’urbanitas, c’est à dire l’ensemble des édifices urbains romano-africains. A l’Ouest du pays, là où l’influence romaine a été la moins forte, on trouve peu de thermes, alors qu’en Africa et en Numidie, leur densité est incroyable : la cité de Timgad en a compté jusqu’à 13. On pense que l’approvisionnement en continu de ces gouffres en eau et en bois a dû participer de la disparition des forêts tunisiennes et algériennes. La profusion n’est pas abondance, elle n’est jamais écologique puisqu’elle ne tient pas compte des stocks rendus disponibles par la nature. Les systèmes d’adduction de l’eau (captage, aqueducs souterrains et aériens) montrent bien le génie des architectes qui les ont faits mettre en place, mais on ne peut pas leur reconnaître des qualités de bons gestionnaires ! La plupart des thermes respecte grosso modo le modèle classique romain : ils sont des répliques approximatives des thermes de Trajan à Rome (Djemila, Timgad, Cherchell, Madaure…). Des sanctuaires, dédiés aux génies des eaux, à Neptune ou à d’autres divinités, sont, le plus souvent, associés à ces thermes.

Très nombreuses sont les stations thermales à avoir été bâties par les Romains sur des sources naturelles, bien que ces lieux étaient déjà fréquentés dans la protohistoire. Ces villes bénéfiques à la santé des hommes portaient très souvent le choronyme « aquæ« , qui a été transformé par les Arabes en « Hammâm » : Hammam Righa, Hammam Meskoutine, Hammam Salahine, Hammam Ouled ‘Ali. Quant à Hammam Berda et ‘Aïn el Hammam, les piscines qui datent de cette période latine sont toujours en fonction aujourd’hui.

Villes : un look romano-africain

La topographie et l’héritage historique demandant des adaptations spécifiques pour chaque site, il n’y a pas à proprement parler une ville romanisée type en Afrique du Nord. Même des cités tracées initialement au cordeau prennent peu à peu des formes irrégulières, surtout quand il y a débordement extra-muros. On peut accuser une architecture très romanisée par l’apport dune urbanitas, classique certes, mais, surtout, autant luxueuse que de bon goût ; ce qui fait l’unicité et la particularité de l’antique Maghreb. Rappelons toutefois que les surplus agricoles durent payer le faste démesuré de la plupart des cités romano-africaines, empêchant tout investissement pour le développement industriel, technique et scientifique de l’Empire, ce qui sera, en partie au moins, fatal à ce dernier.

 

Cuicul/Djemila

Dans le cas de Djemila, le relief imposa une savante adaptation urbaine. Bien qu’il soit difficile de dater avec précision les édifices construits sous l’Empire, on sait que Cuicul – nom du village berbère initial, non latinisé – a évolué en deux temps. Au Ier siècle, sous Nerva ou Trajan (?), des vétérans de l’armée bâtissent ce municipe qu’ils ceignent d’une muraille fortifiée. Un premier centre politique, religieux et économique voit donc le jour ; le forum, ruiné, y devait être un magnifique musée à ciel ouvert et il ne reste aussi que peu de vestiges du temple. Ensuite, sous le Antonins, la ville se répand à l’Ouest, hors de l’enceinte qui sera d’ailleurs en partie démontée. Y seront implantés un nouveau forum (le forum des Sévères), un théâtre, une basilique judiciaire, des thermes, un groupe épiscopal tardif… La maison de Bacchus conserve de belles mosaïques dionysiaques. Entre ces deux parties, l’arc de Carcalla. Quelques basiliques chrétiennes viendront s’y ajouter.

 

Thamugadi/Timgad

Timgad fait partie des villes bâties sur un site vierge ; il est possible que le début de sa construction date de la IIIème légion augustéenne mais, officiellement, c’est sous Trajan (vers 100) que la colonia Marciana Trajana Thamugadi voit le jour. Le site, de moyenne altitude, a été choisi car bien pourvu en eau, en pierre à bâtir et entouré de terres fertiles. D’inspiration militaire, la ville présente la quadrature et l’organisation d’un jeu de dames (plan hippodaméen), son enceinte fortifiée ayant quasiment disparu avec le temps. Les bâtiments de l’urbanitas sont exigus (temple, marché…), les maisons, petites elles aussi, sont plus nombreuses qu’à Djemila. C’est hors d’enceinte qu’au IIème siècle seront construits de plus grands édifices dont peu (thermes du Nord et des filadelphes) respectent la disposition des axes cardinaux de la ville qui prend alors une forme irrégulière et inachevée ; à l’Ouest, un nouveau centre  au décor monumental exceptionnel s’est mis peu à peu en place, avec plusieurs marchés, un capitole, son temple dédié au génie de la colonie… En deux siècles, la ville a vu quadrupler sa superficie initiale et sa population grimper à plus de 12000 âmes.

 

Castellum Tidditanorum/Tiddis/El Kheneg

La zone ou fut implanté ce castellum romain est fort montagneuse, l’urbanisation du site dût en tenir compte. Tiddis était une des placettes fortifiées qui formaient une ligne défensive, dépendant de Cirta, située en plein territoire massyle, celui où tumulus et dolmens ont longtemps cohabité. Ce n’est pas une ville romaine comme cela était le cas pour Timgad, le lieu a connu l’homme protohistorique d’Afrique du Nord et a été animé par les diverses cultures qui l’ont traversé : libyque, punique, romaine, chrétienne et musulmane. Pourtant, le problème de l’eau a dû se poser très tôt, surtout dès lors qu’une population (un peu nombreuse) y a vécu. Les ingénieurs romains ont su faire, une fois de plus, preuve de génie en matière de captage et d’adduction des eaux de ruissellement : un système de récupération des eaux pluviales permet de les collecter ensuite à la fois dans un énorme château d’eau (datant du IIIème siècle) et des citernes (on en a dénombré plus d’une cinquantaine); il aura fallu pour cela pratiquer de grandes entailles à même la montagne dont les escarpements rocheux ont également servi d’habitat troglodyte. Le marché avait lieu deux fois par mois (nundinæ) à l’extérieur du village et permettait une économie agricole locale : un coup les paysans des alentours pouvaient y écouler leur petite production, la fois suivante étant réservée aux ventes provenant de plus grands domaines fermiers. La topographie n’aidant pas, le cardo comporte de nombreuses méandres et le décumane n’a jamais pu être achevé, ce dernier se termine par un escalier menant à la partie haute du bourg et finit aussi par un cul de sac, il ne débouche donc pas directement sur le forum situé plus haut.

Tipasa

Tout le charme méditerranéen se retrouve à Tipasa : végétation typique avec ses fragrances propres, ses couleurs aussi, du ciel toujours ou presque bleu clair, faisant contraste avec celui de la mer, plus profond, ses côtes déchirées par les vagues et… ses plages interminables. Son nom n’a quasiment pas changé depuis les puniques qui en avaient fait, au Vème siècle av.J.-C., un point d’escale sur la route maritime qui conduisait de l’Orient vers l’Espagne. On y a découvert plusieurs nécropoles pré-romaines mais ce n’est qu’à partir du 1er siècle, lorsqu’en 46 Claude accorde à la ville d’user du droit latin – et non encore romain – (jus italicum), que Pline l’Ancien signale la cité. Bâtie à cheval sur trois promontoires littoraux, son site présente une lecture difficile. Municipe latin un peu avant Icosium (Alger), Tipasa devient colonie romaine sous Hadrien (début IIème siècle). Les ruines (amphithéâtre, curie, capitole) sont particulièrement abîmées, non pas à cause des Vandales qui n’y sont pas pour tout, mais parce que les habitants réutilisèrent les pierres avant même la fin de l’Antiquité d’une part, des tremblements de terre ayant achevé de détruire la cité par ailleurs ; seule la basilique judiciaire est un peu mieux conservée. De nombreuses maisons, typiquement romano-africaines, à patio mais sans atrium, s’ouvraient sur le cardo, ce qui n’est pas courant. La grande basilique de Tipasa est la plus monumentale de toutes celles qui ont été construites sur le sol algérien, elle est unique en son genre, mais il n’en reste que de vagues traces. On voit que le manque de place a très vite (IIème siècle) représenté un problème d’urbanisme ; le théâtre, mal placé, en contre bas du centre actif, est particulier : son arène elliptique s’inscrit dans un rectangle et empiète sur les autres monuments ; sa construction, tardive, s’est faite à un moment où l’exploitation des carrières devenait dangereuse. L’enceinte, commencée sous Hadrien, sera rallongée sous les Antonins ; elle mesurera 2300 m de longueur, comptera 31 tours de flanquement, sans parler des nombreuses sorties de cavalerie qui conféraient une très haute protection à la cité. Nos Vandales ont tout de même attaqué la ville et abattu des pans de muraille dont un qui protégeait les grands thermes des crues d’un oued capricieux. De fait, ceux-ci ont, au fil du temps, été recouverts entièrement par les alluvions.

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4 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. ahmed
    Jan 25, 2015 @ 19:57:39

    mérci pr les informasion

    Répondre

  2. miaamaz
    Juin 30, 2013 @ 14:07:05

    Bonjour,

    Je voulais savoir qui était le personnage représenté dans cet article. Zeus ?

    Merci de votre réponse.

    Répondre

  3. rym
    Jan 12, 2012 @ 22:47:17

    mérci pr tout ce que vous ne donné com informasion

    Répondre

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