Le paléolithique algérien

Repères de lecture :

Paléolithique :
– Site de l’Aïn Hanech –Homo habilis (ou pré-erectus)
– Atlanthrope de Ternifine ou Tighennif (proche de Mascara) –Homo erectus
– Culture atérienne –Homo sapiens (proche de l’Homme de Néanderthal)

Fin du paléolithique à mésolithique :

– Homme de Mechta el-Arbi –Homo sapiens-sapiens
– Culture ibéromaurusienne
– Culture capsienne

Pour la localistion des sites, sur la carte de l’Algérie cliquer ici

Repères chronologiques :

Préhistoire-chronologie-datesPréhistoire-chronologie-détail

Tableau agrandi dans la page « Généralités sur la préhistoire » (cliquer sur l’image)

Spéroïdes du site d'Olduvai (Tanzanie)Lorsque nous parlons des origines de l’homme moderne, Homo sapiens-sapiens, nous évoquons le genre Australopithecus, apparu en Afrique australe il y a plus de 4 millions d’années. Mais l’australopithèque, bien qu’hominidé (ou hominien), n’est pas du genre Homo. De plus, il n’y a jamais eu d’Algériens australopithèques.

Le premier Algérien est Homo habilis

Crâne d'Homo habilis (Tanzanie)L’Homme apparaît donc avec le premier du genre (Homo), vieux d’environs 1,7 millions d’années pour celui qui a fréquenté l’Afrique du nord… il s’agit d’Homo habilis (l’homme habile de ses mains) ou, selon d’autres paléo-anthropologues. d’un Homo erectus très primitif. Le premier algérien était donc habile et a laissé ses traces -plutôt discrètes puisque nous n’avons aucuns restse de squelettes(*)- dans les hautes plaines de Sétif, à Aïn Hanech (Nord de l’Algérie) mais aussi à Rheggane et près d’Illizi, à Bordg Tan Kena (sud algérien). Ces deux derniers lieux sont de découvertes récentes.

(*) Les illustrations de tous les crânes sont là seulement à titres indicatif et comparatif

Galet aménagé (Illizi)Les outils sont rudimentaires -on parle de pebble-culture– comme les galets aménagés retrouvé dans le Tassili. A Aïn Hanech, on a retrouvé des boules de pierre grossièrement rondes (voir photo ci-dessus de sphéroïdes d‘âge villafranchien tanzaniens) faisant penser aux premiers essais de taille effectués par la main de l’homme. Leurs homologues sont ougandais et tanzaniens (photo ci-dessus, à droite). Peu d’endroits témoignent dans le monde des premiers balbutiements du travail d’êtres humains. Les fouilles, quasiment interrompues pendant les années de sang, ont repris ; de nouvelles découvertes ont lieu.

L’Atlanthrope ou Homo erectus

Crâne d'Homo erectus ou Homme de Tautavel (France)Un million d’années plus tard, un autre type d’homme apparaît (venant de la corne africaine sans doute) qui vivait -on a retrouvé des restes de mandibules dans une sablière à Ternifine (Tighennife)- tout proche de l’actuelle Mascara. Cet homme a eu pour première appellation Atlanthropus mauritanicus mais il s’agit en fait d’un Homo erectus Biface acheuléen époque Antlanthropeassez classique (homme qui se tient debout). La taille de la pierre a évolué, certes, mais elle reste grossière : bifaces primitifs et hachereaux caractéristiques de l’Acheuléen africain. La chasse, par piégeage ou acculement, devait être pratiquée contre des éléphants, des hippopotames, des girafes mais aussi des cerfs et surtout des sangliers. La végétation est encore de type savane tropicale mais va s’aridifier et se refroidir peu à peu. Notons qu’on ne trouve pas trace d’utilisation du feu en Algérie remontant à cette époque, les intempéries ayant certainement lessivé toutes traces de foyers hors abris sous roche. L’homme de cette époque, certainement charognard aux débuts se spécialisera de plus en plus pour la chasse.

La culture atérienne ou l’Homo sapiens

Crâne de l'Homme de Néanderthal (Allemagne)L’équivalent Nord-Africain de notre Homme de Néanderthal ne laissent pas de restes osseux en Algérie et il est possible que l’Homme de Rabat, découvert Trièdre (Illizi)dans les mêmes horizons paléontologiques, serait de cette espèce d’hominidé. On sait qu’avant l’homme moderne (Homo sapiens-sapiens), la vie sociale était déjà organisée et que des cultes religieux étaient pratiqués.

Il y a 100000 ans, Homo sapiens (homme qui sait) apparaît dans le Nord de l’Afrique. On ne le sait pas mais il y a peu de chances pour qu’il soit apparenté à l’Algérien érectus précédent. On trouve des traces vieilles de 60000 ans au sud de Tebessa, dans le gisement de l’oued Djebena près de Bir el-Pointe à soie atérienne (Beni Abbès)Ater (dans les Nememchas). Également à Karouba, près de Mostaganem et dans le Sahel d’Alger.

C’est de Bir el-Ater que sera tiré le nom donné à la culture de ces Nord-Africains : la culture atérienne. Ces hominiens atériens devaient chasser antilopes, buffles, gazelles et chevaux. La chasse des grands animaux devait se faire en groupe, ce qui nécessitait des liens sociaux de plus en plus serrés, allant de paire avec l’évolution du cerveau. On a Biface acheuléen (Tihodaïne)retrouvé des outils perfectionnés comme des grattoirs, des racloirs, des poinçons et un genre de pointes de pierres pour ancêtre de la  flèche ou pointes à soie. Le climat est plus sec et moins chaud ; la végétation est une steppe au sud alors que celle de la zone septentrionale est proche de celle de l’actuel Var.

Grattoir à pédoncule de la période atérienne (Oued DjebbouaC’est à el Guettar, dans le sud tunisien et près de la frontière algérienne, qu’on a trouvé la plus ancienne marque de culte religieux en Afrique du Nord : un amas de grosses boules de pierres déposées près Lame denticulée de la période atérienne (Oued Asziouel)d’une source. Croyance en un génie des eaux peut-être ?

La civilisation atérienne s’éteindra vers – 25000 ans (Falaise de Sidi Saïd près de Tipasa), remplacée peu à peu vers -22000 ans par celle de l’homme de Mechta el-Arbi dit aussi Mechta Afalou.

Falaises rouges (Tipasa)

L’Homme de Mechta el-Arbi ou Homo sapiens-sapiens

Les choses s’accélèrent et nous voilà au IXème millénaire. Homo sapiens (type néanderthal) a encore évolué et s’appelle désormais Homo sapiens-sapiens (l’homme conscient de son savoir). On retrouve ses restes fossilisés à Mechta el-Arbi, tout près de Chelghoum Laïd, à l’Ouest de Constantine ; à Afalou Bou R’mel, non loin de Béjaïa ; à La Mouillah, près de Maghnia, dans l’Ouest algérien. On reconnait chez cet homme du paléolithique moyen les traits caractéristiques de l’espèce Cro-Magnon. L’Homme de Mechta connaît son apogée -10000 ans av. J.-C.

Crâne de l'Homme de Cro-Magnon-40000 ans (France)Au début du XXème siècle, les paléontologues admettaient pour cette génération d’hommes préhistoriques une lignée ibéro-maurusienne (mélange entre des ibères venus de la future Hispanie et les autochtones Nord-Africains). Cette conception est dépassée aujourd’hui sans pour autant certifier d’une descendance berbère de ces hommes robustes rappelant notre Cro-Magnon à nous. Comme il était difficile de leur atribuer un nom, on a conservé l’appellation d’origine en retirant le tiret séparateur ; ibéromaurusiens donc. En Europe, c’est l’Âge du Rennes, en Algérie, on pourrait parler de celui du mouflon tant il y est consommé. Les techniques de la taille de la pierre ou de l‘os, déjà bien évoluées, sont proches bien que le Maghreb ait de l’avance sur l’utilisation du micro-burin : aiguilles et poinçons en os, lames denticulées de silex, couteaux, haches. Les premières représentations de formes ont lieu : triangles, trapèzes, formes animales. L’habitat principal est l’abri sous roches, les grottes. Le nomadisme commence à se restreindre et l’homme de cette époque (semi-sédentaire depuis H. erectus) préfère vivre près de la mer ou des lacs. Il pratique encore la pêche, la chasse (hommes) et la cueillette (femmes, enfants et invalides). L’alimentation est constituée de mouflons, d’antilopes, de gazelles mais aussi de chat et de chacal.

Usage d'ocres (actuel)Culture ibéromaurusienne :

Tardivement, l’usage d’ocres (jaunes et rouges) pour le badigeonnage des corps, des cadavres et des outils est démontré. L’homme est fondamentalement religieux et commence à prêter des vertus aux objets, aux plantes, aux animaux et… à lui-même. Si l’Homme de Mechta n’est pas un artiste accompli, on a retrouvé quelques parures peu sophistiquées et à usage présumé religieux (pierres, coquillages, os, plumes d’autruche). A Afalou Bou R’mel ou à Columnata en Oranie, la présence de sépultures remonte à 22 – 24000 ans (archaïques) et vers -9000 elles sont plus élaborées (dépôts d’offrandes), annonçant surtout les futurs monuments funéraires (amoncellement de pierres, d’ossements, et premières nécropoles). Il est possible que l’Homme de Mechta el-Arbi ait pu subsister jusqu’au néolithique et que leurs descendants aient pu peupler les Canaries, donnant le peuple des Guanches.

Site ibéro-maurusien de Columnata (Sidi Hosni en Oranie)

La culture capsienne

Les Capsiens (fin paléolithique)

Les Capsiens ne gagnent la zone littorale que très tardivement, débordant sur l’aire ibéro-maurusienne

C’est au VIIIème millénaire que la future culture méditerranéenne trouve vraiment sa source première. En effet, une autre vague civilisationnelle, dont les traces ont été découvertes à Gafsa (Capsa romaine) en Tunisie, s’installe sur les ruines du monde atérien sans le supplanter totalement puisqu‘il perdurera très longtemps encore. Comme Ginette Aumassip l’a écrit : Le substrat reste ce probable descendant de l‘Atlanthrope qu‘est l‘homme de Mechta el-Arbi . Les Capsiens, de grande taille, moins robustes donc plus graciles, plus élancés et plus fins que les prédécesseurs atériens, provenaient peut-être du Proche-Orient via la Basse -Egypte.

Pelorovis antiquus ou bubaleOn ne retrouve leurs traces en Algérie qu’à l’intérieur et dans la partie orientale du pays à El-Outeb, à Relilaï, à Dra Mta el Ma el Abiod ; ces sites montrent la présence d’escargotières et de cendrières, ou ramâdiyyât, avec déchêts de cuisine. On peut y lire l’alimentation de l’époque : énormément de mollusques, du cheval, du mouflon, du sanglier, du zèbre et une espèce d’antilope à grosse tête ou antilope bubale (Alcelaphus buselaphus).

N.B. : Ne pas confondre la bubale et le bubale, grand bovin (Pelorovis antiquus) tellement représenté dans les gravures rupestres qu’on qualifiera cette période de période bubaline.

Pendeloque en os poli du Capsien supérieur (Mechta el-Arbi)C’est dans l’art de l’ornement que se distinguent les Capsiens qui inventent une véritable stylistique décorative : coquillages perforés, coquilles d’œufs d’autruches (utilisées jusqu’aux puniques !), coquilles d’oursins, vertèbres perforées, dents, pierres, carapaces de tortues, perles naturelles ou en os… mais aussi des outils comme des fines lamelles de silex. Les Capsiens utilisent leurs déchêts industriels comme Gravure sur pierre fin paléolithique capsienbijoux (colliers et bracelets de perles en poteries cassées). La gravure sur pierre (Khanghet el-Mouhaad) annonce l’art pariétal ; la sculpture sur pierre apparaît un peu plus tardivement (El-Mekta). Vers la fin du Capsien et à l’orée du néolithique, les ocres seront utilisées pour souligner les contours de ces gravures pariétales.

Les sépultures profitent de l’art ornemental (tapisserie de végétaux, de vanneries, enduits au kaolin). La céramique a fait ses premières apparitions dans le Tassili n’Ajjer dès le VIIIème siècle (av. J.C.). Beaucoup plus tard, on en relève la présence sur le littoral mais elle est encore lourde et grossière, peu décorée (Tiaret).

Le religieux se développe autant que le culturel, sans pour autant avoir la preuve d’une religion à proprement parler. On remarque la pratique de l’ablation des incisives supérieures, mais aussi parfois inférieures, dès l’adolescence. On peut penser que le sacrifice d’une partie du corps aussi précieuse -l’heure de la médecine n’ayant pas encore sonné- reste de l’ordre du sacré et ces rites de passage de l’enfance à l’âge adulte restent encore aujourd’hui imprégnés dans nos esprits et dans nos mœurs.

Nous sommes au mésolithique transitoire ; ce mélange entre cultures ibéromaurusienne et capsienne, qui représente déjà le fond du peuplement maghrébin algérien, annonce la révolution néolithique marquée par l’art rupestre au Tassili n’Ajjer. A la question que nous pouvons légitimement nous poser : les Ibéromaurusiens et les Capsiens ont-ils eu des liens serrés au point d’instituer des mariages communs ? L’historien ne peut encore le dire mais rien ne nous empêche d’y croire avec une certaine force de conviction.

Art rupestre période des têtes rondes (Tassili)

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5 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. zebiri aly
    Juin 15, 2013 @ 20:40:07

    il existe à la localité connue sous le nom de Bounouara daira de Khroub , située à l’est de Constantine, une montagne non boisée rocheuse.
    Dans ce djebel se trouve des dizaines de sites funéraires :de grosses pierres plates d’environ 50 cm d’épaisseur sur 03 à 05 mètres de dimension L/l posées en forme de U recouvertes par une autre pierre de même taille; à l’intérieur se trouvent des ossements.
    Sur le coté non pierreux se trouve également de petits sites 01 m de coté x 50 cm remplis également d’ossements
    à l’époque coloniale, viennent d’un moment à l’autre surtout les dimanches, des chercheurs pour les étudier.
    J’ai chercher sur ts les sites web des informations sur ce sujet sans résultats
    le djebel est facilement accessible, un route le longe
    prière me contacter

    Réponse

  2. moun
    Août 30, 2010 @ 01:12:08

    Cabinet de curiosités / Berbère : origines et permanence (1)
    « Énigmatique migration : d’ici ou d’ailleurs ? » un texte intégral du premier volet, lundi 10 mai 1999, de l’émission « Berbère : origines et permanence » du « Cabinet de curiosités » par Philippe Modol.

    La conservation de l’oralité est un choix sur ce site. Évitez le copier-coller de l’intégrale de cette transcription. Vous pouvez bien sûr y faire référence en indiquant la source. Si vous avez des suggestions ou des corrections à me proposer, n’hésitez pas, cela rendra ce document de meilleure qualité pour tous les lecteurs et utilisateurs de cette source. Taos Aït Si Slimane

    Philippe Modol : Depuis quelques années les biologistes affirment que la plupart des peuples d’Afrique du Nord présentent les mêmes caractéristiques génétiques. D’Égypte aux Canaries, de Mauritanie au Niger, peut-on alors parler de Berbère ? Entre les mondes noirs et arabes, y a-t-il réellement une communauté éthique différente ? Alors que la balkanisation de l’Europe centrale refait surface, peut-on disserter sur les critères de berbérité ? D’abord, il faut exclure tout berbérisme en tant que nationalisme et n’admettre le critère biologique que d’un point de vue quantitatif. Ensuite, il n’est pas inutile d’envisager plusieurs hypothèses, du moins d’accepter plusieurs cheminements des populations la croisé des aires géopolitiques et linguistiques. Parce qu’ils présentent une culture transversale, les Berbères méritent bien que l’on s’attache à leur art. C’est leur art qui informe sur leur origine. Mieux que cela, l’art rupestre proto-berbère est riche d’enseignements sur la question d’origine qu’eux-mêmes se posaient. Punicisés, christianisés, islamisés, ils ont traversés le temps sans avoir systématiquement traversés les lieux. Leur langue chamito-sémitique n’est pas si orientale que l’on veut bien le croire. Certes les brassages des invasions, les stratifications ou les soustractions de savoirs ont façonné un peuple dont la présence atomisé peut surprendre mais les traces sont là. Elles persistent. Les fêtes, les rites, les objets actuels n font que replonger dans sa mémoire collective un groupe qui revendique peut-être plus que sa langue, son espace.

    « Alors, je saisirais [manque quatre mots], je jetterai sa selle sur lui. Je passerai sa sangle sous son ventre, la serrerai. Je prendrai le mord et le glisserai entre ses dents. J’irai vers les lieux du combat. Je razzierai les [manque deux mots], je leur reprendrai nos chamelles. »

    Philippe Modol : La première question qui vient à l’esprit est celle de l’origine des Berbères. Où ont-ils immigrés ? Dans quel sens ? Et pourquoi auraient-ils immigrés ? Ginette Aumassip, préhistorienne du Centre de recherche anthropologique et préhistorique à Alger.

    Ginette Aumassip :Tout ce que nous savons, c’est qu’il a été sorti, en 1954, des restes humains dans la région de Mascara. Ils ont été trouvés dans une sablière qui porte le nom de sablière qui porte le nom de Ternifine. Ils sont actuellement exposés au Musée de l’homme, dans la grande exposition que vous pouvez voir sur Homo erectus. Ce sont les premiers restes humains que l’on connaisse dans le Nord de l’Afrique. On a trouvé des restes équivalents au Maroc. Mais on a des industries, nous appelons industrie tout ce qui est vestige de l’activité humaine ancienne qui montre que le peuplement est obligatoirement bien plus ancien, on peut le dater à l’heure actuelle au moins à un million 500 000 ans.

    Philippe Modol : En ce qui concerne les Berbères, est-ce que vous avez justement des informations sur les premières peuplades ?

    Ginette Aumassip : Je crois pour ma part, et je le crois avec un certains nombre d’arguments, qu’il n’y a pas eu de rupture de peuplement dans le Nord de l’Afrique, comme on l’a pensé pendant très longtemps. Donc, les premières populations Berbères ce sont ces populations qui étaient là-bas il y a un million 500 000 ans ou deux millions d’années et qui ont évolué localement avec certainement toujours beaucoup d’allers et venues des populations. Disons, qu’il a dû avoir des déplacements assez fréquents. C’est du moins ce qu’on lit très facilement, très volontiers, dans les périodes relativement récentes.

    Philippe Modol : En tout cas les Berbères au départ, des autochtones vivant en autarcie, sont d’Afrique du Nord ?

    Ginette Aumassip : Ils sont d’Afrique du Nord. Ils sont de chez eux, ils ne viennent pas d’ailleurs.

    Philippe Modol : Quels ont été les principaux mouvements des présumés-Berbères ? Ont-ils rayonné ?

    Ginette Aumassip : Probablement. Nous avons des indices à deux reprises, des indices extrêmement importants, je dirais à trois reprises même si nous tenons compte de l’histoire, des mouvements extrêmement importants vers le Nord, vers l’Espagne et le Sud de la France. Les premiers se passeraient au cours de l’Acheuléen, ils sont traduits par des outils très particuliers, qui sont très fréquents dans le Nord de l’Afrique et que l’on retrouve en Espagne et dans le Sud-ouest de la France, à l’exclusion d’autres régions. on a eu ensuite le gros problème, qui actuellement divise les anthropologues, de « l’homme de Cro-Magnon », qui, pour certains, aurait une origine nord-africaine, pour d’autres il aurait une origine plutôt orientale qui conduit à avoir une espèce de mouvement de population qui prend en tenaille le Nord et le Sud de la Méditerranée, qui n’est pas très conciliable avec les vestiges que nous trouvons à l’heure actuelle.

    Philippe Modol : Malika Hachid, préhistorienne, ex directrice du Parc national du Tassili.

    Malika Hachid : Jusqu’à maintenant, une idée à prévalue dans l’historiographie classique, on a vu les prémices de la culture Berbères dans un groupe que l’on appelle le Capsiens ou les Proto-méditerranéens. Ce groupe offrant des analogies avec des peuplements proches-orientaux, notamment les Natoufiens, on a pensé que c’était une vague de peuplement qui n’était pas autochtone mais qui venait du Proche-Orient, vers à peu près le début de l’Holocène, autour 10 000 ans. On a construit un schéma de peuplement géographique et culturel. Il existe un peuplement autochtone, celui des Ibéromaurusiens, dont l’homme est assez frustre physiquement et dont la culture est assez sommaire. Là-dessus arrive, un peu plus tard, un autre type de peuplement, qui lui est ostéologiquement plus fin et qui sur le plan civilisationel est plus avancé, notamment il est porteur d’art. C’est les premières formes d’art qui apparaissent au Maghreb. Aujourd’hui, on se pose la question de savoir si ce n’est pas une construction de schéma de peuplement qui est trop théorique dans la mesure où avant ces Capsiens existaient en Afrique du Nord, dans le Maghreb actuel, un groupe qui lui est considéré comme très autochtone, celui des Ibéromaurusiens, des Mechtoïdes, l’homme de Mechta el-Arbi ou de Mechta Afalou, toujours un Homo sapiens, légèrement différent du Capsien mais pas si différent que ça. Là, personnellement je pense que cela reflète l’historiographie de type coloniale comme on la faisait au milieu du siècle.

    Philippe Modol : Donc, vous remettez en cause cette migration d’Est en Ouest ?

    Malika Hachid : Tant qu’il n’y a pas de preuves absolues notamment des sites capsiens avec des ossements, une culture type capsienne découverte en Égypte, dans les jalons géographiques entre le Maghreb et le Proche-Orient. Mais c’est surtout autre chose qui me permet de dire que peut-être ce schéma est faux.

    Philippe Modol : Est-ce que cela veut dire dans ce cas-là qu’il y aurait eu un creuset dans le Nord de l’Afrique où les peuplades auraient tournoyées pour former par la suite les Berbères, qui eux-mêmes se seraient éclatés en plusieurs tribus ?

    Malika Hachid : Oui, je pense que c’est ce schéma là qui va prévaloir mais il faut attendre, ce sont des hypothèses, restons prudents, on a découverts chez les Ibéromaurusiens des éléments donnés comme capsiens habituellement, l’art par exemple. L’art, chez les Ibéromaurusiens, les premières formes de sculptures maghrébines, les plus anciennes, qui remontent à 13 000-14 000 ans. D’où la grande question : la berbérité commence avec qui ? C’est la question qu’il faut se poser. Nous sommes dans la préhistoire où il est difficile d’être absolument catégorique, mais nous avons quand même des indices qui nous permettent de nous demander, et c’est ce que vous venez de dire, s’il n’y a pas eu un peuplement à la fin du Paléolithique et le début du Néolithique au Maghreb un peuplement autochtone qui peut à peu a pris les caractéristiques de la berbérité tels qu’on va les voir apparaître assez rapidement, notamment à travers l’art.

    Philippe Modol : Gabriel Camps, professeur émérite à l’Université de Provence.

    Gabriel Camps :Les ancêtres des Berbères sont apparents au Maghreb à partir du VIIIe millénaire. Antérieurement, il existait un autre type humain d’Homo sapiens, voisin de Cro-Magnon d’Europe, que l’on appelle l’homme de Mechta-el-Arbi, qui a des caractéristiques très nettes, et qui a précédé de plusieurs millénaires le développement du peuple Berbère. En effet, à partir du VIIe millénaire nous voyons, surtout dans l’Est du Maghreb, en Tunisie et en Algérie orientale, un nouveau type humain, très distinct, différent de l’homme de Mechta-el-Arbi, qui a une culture particulière que l’on appelle le Capsien, du nom de la Ville de Capsa, le nom antique de Gafsa, dans le Sud tunisien. Ces hommes capsiens sont sur le plan anthropologique ce que l’on appelle des Pré ou des Proto-Méditerranéens, c’est-à-dire des hommes semblables aux populations actuelles du pourtour de la Méditerranée. Il faut savoir en effet que des hommes Capsiens ont subsisté. On ne sait pas s’ils ont élimé les hommes de Mechta-el-Arbi volontairement ou si ceux-ci se sont repliés devant l’arrivée des Capsiens, mais progressivement, à travers les millénaires, on voit ce type méditerranéen couvrir la totalité du Maghreb.

    Philippe Modol : Ya t il eu une réelle progression de l’Est vers l’Ouest ?

    Gabriel Camps :Les hommes de Mechta-el-Arbi ont franchi le Sahara. Il y a des groupes d’hommes de Mechta-el-Arbi en plein Sahara malien. Il y a eu un déplacement en relation avec les fluctuations du climat, peut-être sous la pression de groupes solidement organisés, comme les Capsiens. Mais, là on passe au roman. On n’a pas les éléments qui permettent de dire que les hommes de Mechta-el-Arbi ont été par exemple massacrés, ou que l’on aurait fait un nettoyage ethnique, puisque le mot est à la mode, contre eux. Ce que l’on sait, ce que l’on constate, c’est que les derniers hommes de Mechta-el-Arbi sont dans l’Ouest alors que déjà dans l’Est du Maghreb il y avait depuis longtemps une installation et un développement de la civilisation capsienne. Il y a eu un apport humain et surtout culturel qui s’est fait de l’Est vers l’Ouest. Les Gétules ont été plus indépendants, ils ont d’ailleurs menacés les marges sahariennes ou présahariennes des royaumes du Nord. On peut les considérer comme les ancêtres directs des Touaregs.

    Philippe Modol : D’où venez ces Gétules ?

    Gabriel Camps : C’est toujours la même question.

    Philippe Modol : Eh oui !

    Gabriel Camps : On ne le sait pas. Ils ne se distinguent pas des autres Berbères. Ils se distinguent par des faits culturels et non pas par des données anthropologiques. Ils occupaient surtout la zone de l’alpha des Hauts-plateaux du piémont saharien mais ils devaient parcourir aussi le Sahara. Un peuple voisins des Gétules, certains auteurs les associent d’ailleurs aux Gétules, sont les fameux Garamantes, qui occupaient les Fezzan actuel et qui eux exerçaient une certaine domination sur d’autres peuples plus anciens, quand le Sahara était en partie peuplé par des Noirs, avant l’arrivé des Proto-méditerranéens. Mais ces Noirs n’ont pas disparus, ce sont des cultivateurs des oasis que l’on dit descendants des esclaves mais qui en fait sont surtout des descendants de ce que les anciens appelaient des Éthiopiens, c’est-à-dire des gens à la face brunes, brûlée par le soleil.

    Malika Hachid : J’ai été interpelé par ce sujet là parce que travaillant dans l’Atlas saharien, qui était un de mes terrains de recherches également, sur les gravures rupestres de l’Atlas saharien, j’ai été très étonnant de découvrir sur une paroi, où les images étaient absolument contemporaines les unes des autres, côte à côte, une image de blanc et une image de noir. J’ai soumis ces images à des gens qui pouvaient m’aider à une lecture rigoureuse, effectivement on a là deux types anthropologiques bien différenciés. Donc, je me suis posée la question de savoir si l’on n’avait pas exagéré cette dichotomie entre Nord blanc et Sud noir. Il y a peut-être eu une latitude de la négritude plus septentrionale, c’est-à-dire que les Noirs étaient bien plus au Nord. D’ailleurs on retrouve cela dans les témoignages des auteurs gréco-latins. Les Noirs étaient presque derrière le [manque un mot]. Il y a peut-être eu un refoulement, aux époques historiques, des Noirs, de plus en plus, vers le Sahara central et le Sahel mais il n’est pas dit que les Noirs n’aient occupé l’Afrique Nord beaucoup plus septentrionalement qu’aujourd’hui.

    Gabriel Camps : Les Libyens sont parmi les Berbères ceux dont le nom est prononcé ou écrit le plus tôt parce que les Lebou sont les peuples sont les peuples que les Égyptiens connaissent bien dès l’Ancien Empire, dès 2000 et quelques. Les Égyptiens mentionnent l’existence de peuples blancs, plus ou moins nomades dans le désert occidental de l’Égypte, qui sont les premiers Berbères que l’on peut citer dans l’histoire.

    Philippe Modol : À partir de quand on peut parler de peuplades berbères ?

    Gabriel Camps : Dès que l’on parle d’histoire. L’histoire commence par la présentation des royaumes berbères qui participent plus ou moins aux guerres puniques. En fait, l’ouverture du Maghreb à l’histoire, c’est la Seconde Guerre punique, ou alors même la Première Guerre ou punique quelques décennies plutôt où pour la première fois des populations non carthaginoises, non égyptiennes, on nègres, sont citées et constituent des royaumes, les deux Royaumes Numides : le Royaume Massyles, qui avait pour capitale peut-être Dougga, peut-être Constantine, et le Royaume Massaesyles qui comprenait les deux tiers de l’Algérie actuelle, plus loin à l’Occident, dans le futur Maroc, le Royaume Maure. C’est autour de 200 avant Jésus-Christ que sont mentionnés pour la première fois des semblants d’États berbères.

    Philippe Modol : Sans vouloir simplifier, est-ce qu’on peut dire qu’il y a un premier substrat issu de l’Afrique du Nord elle-même, de façon dispersée, et qu’il y aurait eu une deuxième substrat issu de l’Est, notamment ces Phéniciens provenant du Liban actuel ?

    Gabriel Camps : Nul doute que les Phéniciens ont joué un rôle très important dans l’histoire du Maghreb mais ce rôle est culturel, ils n’ont pas du tout influencé le type humain. Ils se sont métissés avec des populations africaines, les populations berbères mais cela n’a pas eu beaucoup de conséquences étant donné que l’ensemble phénicien représentait une goutte dans l’ensemble hémotypologique des Berbères.

    « La mer m’attirait plus les vallées et les montagnes de mon pays. Aussi me suis-je empressé d’équiper une flotte pour partir en reconnaissance vers les îles fortunées. J’ai pu noter dans l’un de mes manuscrits leur situation. À 620 000 pas des Iles Purpurea ( ? orthographe incertain), pour les rejoindre on navigue pendant 250 000 pas au-dessus du couchant puis vers l’Est pendant 375 000 pas. La première des îles Ombrios ne porte pas d’édifices. De ses arbres noirs, on extrait une eau amère mais celle qui sort des arbres blancs est douce et agréable à boire. Sur une autre île, Junonia, s’élève un temple en pierre. L’île de Cabraria fourmille de lézards, celle de Nivaria porte des neiges éternelles. L’île voisine, Canaria, recèle d’énormes chiens. Et j’ai eu la joie de recevoir deux de la main même des navigateurs intrépides que j’avais envoyés là-bas. »

    Philippe Modol : Les mouvements de populations, s’ils ont eu lieu, ont-ils été linéaires, d’Est en Ouest, ou circulaires ? Ne peut-on pas relativiser toute assertion ?

    Gabriel Camps : Il y a d’autres éléments qui permettent de penser que les Guanchessont des descendants de Mechta-el-Arbi arrivés dans les îles quelques siècles avant notre ère. Il serait plus précis de dire les Canariens parce que Guanches c’était la population de Tenerife. Donc, les Guanches ou les Canariens ont des traits physiques de l’homme de Mechta-el-Arbi, ils ont conservé, certains d’entre eux en particulier dans l’île de Tenerife.

    Philippe Modol : Il y a aussi des Cro-manoïdes et des proto-Méditerranéens comme à l’île de la Gomera, par exemple ?

    Gabriel Camps : C’est ça, oui. La Gomera, on a fait jouer un rôle très important en mettant en relation son nom avec celui de la tribu des Ghomera dans le rif. En fait, Gomera ne doit pas son nom à une tribu mais à la gomme de lentisque qui a été très prisée par les habitants de l’île qui la mâchaient comme du chewing-gum et qui en exportaient dans les îles voisines.

    Philippe Modol : Donc, ethnonyme Ghomera au Nord du Maroc…

    Gabriel Camps : C’est un ethnonyme et Gomera est un nom d’ailleurs appliqué par les Espagnoles.

    Philippe Modol : Finalement, l’immigration des peuples n’est pas tant une condition nécessaire à toute origine d’ethnie.

    Ginette Aumassip : Les Berbères sont des populations qui de tous temps ont occupé le Nord de l’Afrique, probablement très loin dans le Sud puisque ce que l’on peut appeler l’Empire éclaté se retrouve jusque sur le bord du Niger. Pendant longtemps, on a cru qu’il y avait eu sur le Nord de l’Afrique des vagues de peuplement qui s’étaient succédé. Or, à l’heure actuelle on a constaté, en faisant des travaux de préhistoire, que ces ruptures étaient simplement dues à une méconnaissance des événements dune période donnée, moments où il y avait eu une érosion extrêmement importante qui avait enlevé la plupart des sites, détruit l’essentiel des traces humaines. On a eu la chance de trouver quelques éléments très significatifs qui permettent actuellement de dire que la population africaine est une population qui a évolué sur place. C’est une population très mobile, qui a accepté des populations venant d’un peu partout probablement, et qui elle-même s’est expatriée avec beaucoup de force et aussi je crois beaucoup de plaisir.

    Philippe Modol : « Le cabinet de curiosités », « Berbère : origines et permanence ». Avec Ginette Aumassip, auteur de « Le Bas-Sahara dans la Préhistoire », Ed. CNRS ; Malika Hachid, auteur « Tassili des Ajjer », Co-Ed. Paris-Méditerranée ; Gabriel Camps, directeur de l’« Encyclopédie berbère », Edisud. Textes de Paulette Galand-Pernet et Josiane Lahlou, lus par Jean-Philippe Azéma et Jean-Pierre Rochet (orthographe incertain). Référence bibliographique : 35 15 code France culture. Coordination : Xavier Carrère. Mixage : Eric Boisset et Bernard Charon. Réalisation : Malika Mezgach. Une émission de Philippe Modol.

    Répondre à cet article Transcriptions d’émissions de France Culture

    Patrice Chéreau invité des Matins de France (…)
    Lecture de Coma par Patrice Chéreau à l’Odéon
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    Fictions / Théâtre et Cie / Spéciale Laurent (…)

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  3. mecreant
    Mar 07, 2010 @ 18:19:57

    pourquoi un tel amalgame entre l’Islam et la préhistoire ? est-ce la haine de l’Islam ?
    lIslam est apparu au 7è siècle après Jesus.
    Les civilisations se sont succédes depuis les Sumeriens, les Egyptiens, les Perses, les Grecs, les Romains, ce n’est qu’apres qu’est apparu l’Islam. L’ignorance que vous mettez en exergue, est relative à l’ignorance de Dieu dans la tradition Abrahamique( des Juifs et Chrétiens) et n’a rien à voir avec ce que vous visez comme projet, alors planchez sur l’Histoire avant de vous attaquer à la préhistoire.

    Réponse

    • alzaz
      Mar 08, 2010 @ 00:19:48

      Je suis un peu ennuyé, mais il me semble que vous n’avez pas bien parcouru et lu correctement ce blog. Il me faut davantage d’arguments pour vraiment saisir votre requête.

      Réponse

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